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Beauty (Skoonheid)

Certain Regard
Afrique du Sud / sortie le 12.10.2011


LE BEL ET LA BÊTE





"Pas de folles, pas de métisses, tu le sais"

Le regard que porte le jeune réalisateur Oliver Hermanus sur son pays n’est ni tendre, ni complaisant. Son personnage principal représente la part honteuse de l’Afrique du Sud post apartheid : raciste, hypocrite, violente. Une classe sûre d’elle-même et de son bon droit, se rêvant à tout jamais dans le camp des vainqueurs et des oppresseurs.

Sauf que François a un secret, de plus en plus lourd à porter. Son existence est un mensonge, son apparence sociale une façade de carton-pâte qui se fissure lentement. Car lui qui se rêve au-dessus du lot, mais dans le moule, réprime en réalité des tendances homosexuelles qui lui font horreur. Se joue alors un conflit intérieur inextricable entre ce qu’il est et ce qu’il voudrait être, entre le dégoût qu’il ressent pour les homosexuels et la certitude d’en être lui-même un.

Une fois posé ce constat, Oliver Hermanus filme la réalité violente et brutale d’un homme qui éprouve envers lui-même une haine et une honte farouches. Plus le film progresse et moins il lui est possible d’évoluer, parce que revendiquer son droit à la différence serait reconnaître celui des autres. Il préfère alors voir son univers s’écrouler autour de lui plutôt que d’affronter ses contradictions.

A l’écran, cette lutte intérieure se matérialise par un montage syncopé où le parcours intime du personnage est à peine suggéré par des scènes successives souvent dénuées de dialogues. A plusieurs reprises, la musique envahit l’image, coupant le spectateur du son direct et donc de la réalité, comme si l’on était véritablement dans la tête du personnage. Cela donne un récit morcelé, éparpillé, qui assène plan après plan la douleur de François, son impuissance et la haine qu’il a de lui-même.

Toutefois, derrière le destin individuel, c’est la pesanteur et le dysfonctionnement de toute une société qui sont mis en cause. Si bien que le personnage, malgré ses aspérités, finit par attirer une certaine compassion. Et ce n’est probablement pas le moindre tour de force du cinéaste que d’amener le spectateur à comprendre, puis partager, la situation impossible de cet homme empêché de vivre sa vie et à qui le bonheur, pourtant à portée de mains, est délibérément refusé par un mélange de tradition d’intolérance et de valeurs passéistes.

MpM



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