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Play (Play)

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
Suède


Le suédois Ruben Ostlund présente avec son troisième long-métrage le film le plus théorique sélectionné par La Quinzaine des Réalisateurs, voire même du Festival de Cannes 2011. Son film Play joue tellement avec la patience et les nerfs des spectateurs qu'il les perd de plus en plus au fur et à mesure des bobines. On a un peu l'impression d'une longue démonstration mathématique dont on ne sait au final pas à quelle question elle répondait et encore moins quelle solution elle propose.





Tout d'abord la démonstration, très formelle. Le film débute par un long plan-séquence dans un centre commercial avant que la caméra ne se rapproche d'un groupe d'enfants. Cinq enfants noirs vont entourer trois enfants blonds pour une opération de racket. Pour simplifier, le blondinet montre son téléphone portable au noir qui dit alors que ça doit être celui qu'on a volé à son frère, il s'agit alors de vérifier à qui appartient ce téléphone. Ils savent tous bien évidement dès le début que c'est une combine pour voler mais tous font semblant que ce n'est pas le cas, alors ils vont voir où les emmènent les discussions pour vérifier à qui appartient l'objet… Les enfants noirs vont inciter les enfants blancs à les suivre loin jusqu'à un champ où l'affaire se règlera avec une course à pied : le gagnant remportera toute les affaires des autres.

Le reste du film est constitué d'une succession de plans-séquences de longueur variable où la caméra est toujours à distance des enfants. Les faits sont d'ailleurs troublés par plusieurs scènes à priori extérieures à l'histoire mais qui se répètent plusieurs fois dans le film, comme la présence d'un berceau dans un train qui gène la circulation d'après les contrôleurs mais qui laisse les passagers indifférents. Après différents défis et humiliations, les enfants noirs repartiront avec le téléphone et toutes les autres affaires convoitées des enfants blancs, sans bagarre ni violence. Le film s'éloigne le plus possible de toute fiction et il montre avec une impression de réel une opération de racket.

Que penser de Play ? En fait il s'agit d'un constat particulier de la part du réalisateur Ruben Ostlund, qui joue à nous montrer une énigme. Il n'y a aucun point de vue de sa part si ce n'est celui de faire observer au spectateur un groupe d'enfants filmés comme des rats de laboratoire. Il s'agit bel et bien d'une expérience dont on suit le déroulé tel que lui l'a prévu. Le film seul reste hermétique sans avoir certaines clés, qui sont d'ailleurs disponibles dans le synopsis : "entre 2006 et 2008 en plein centre-ville de Göteborg en Suède, un groupe de garçons noirs âgés de douze à quatorze ans racketta d'autres enfants à plus de soixante-dix reprises par le biais d'un jeu de rôle qui reposait sur l'usage d'une rhétorique de gang, les voleurs avaient mis au point une stratégie élaborée et n'eurent à utiliser aucune violence physique".

Ruben Ostlund semble avoir voulu raconter comment des enfants noirs ont profité et joué avec les préjugés de peur et d'infériorité qu'avaient les enfants blancs. Son film évoque ainsi de front le thème de l'intégration des immigrés en Suède sous l'angle du racisme (de la part des enfants blancs) et aussi du racisme "inversé" (de la part des enfants noirs). Il expose une problématique délicate sans prendre aucun parti mais en montrant qu'il y a comme une lutte de pouvoir qui est en train de se jouer. Et après?

Play est un film qui gagnerait à être vu accompagné d'un commentaire de son réalisateur.

Kristofy



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