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Walk Away Renée

Semaine critique - Séances spéciales
USA / sortie le 02.05.2012


J'AI FILMÉ MA MÈRE





On avait découvert Jonathan Caouette à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2004 avec Tarnation qui allait devenir ensuite un film culte dans le genre home-movie. Son projet était de sélectionner dans toutes ses archives familiales (films amateurs en VHS et DV, photographies, messages de répondeur…) la matière à un film autobiographique dont le principal sujet était sa vie. Le film Tarnation pouvait même redéfinir l’expression de cinéaste amateur. Jonathan Caouette était un amateur qui avait fait un film de cinéma avec un budget quasi-nul (ses souvenirs audiovisuels et son ordinateur pour le montage). Sa jeunesse, sa famille, ses amours, ses problèmes, surtout son regard sur lui-même faisait de Tarnation une auto-fiction passionnante.

Retour à Cannes 2011 cette fois dans le cadre de la Semaine de la Critique, dont son nouveau film est un des évènements. Walk Away Renée parle moins de Jonathan et beaucoup plus de sa mère, Renée Leblanc. Lewis Caroll nous confiait dans son livre "Alice aux pays des merveilles", que la plupart des gens fous sont des gens biens. C'est ce que nous montre Jonathan Caouette dans son documentaire. Le film est comme un portrait pas tout à fait terminé de sa mère, atteinte de schizophrénie, après en avoir fait une première esquisse dans Tarnation. Ici, le point de départ est un trajet depuis Houston vers New-York en 2010 : Jonathan y emmène sa mère pour passer quelques semaines ensemble avant son déménagement dans une maison médicalisée plus près de lui. Renée est souvent lucide et parfois dérangée : elle souffre de troubles bi-polaires.

Sur la route les médicaments de Renée sont perdus, et par téléphone Jonathan n’arrive pas à convaincre un docteur de lui faire une nouvelle ordonnance. C’est malheureusement presque le seul évènement de ce voyage à travers le pays qui occupe le film. Car ce voyage est surtout le prétexte pour évoquer la vie de sa mère avec des allers-retours entre présent et passé. On y découvre une femme dont la joie de vivre est abîmée par des dépressions qui l’amènent à différents médicaments puis à une dépendance, en 2002 une overdose au lithium va lui laisser des séquelles au cerveau et elle est déjà passée par plus d’une centaine de centres psychologiques. C'est à travers des flashbacks, filmé durant son adolescence, et son récent voyage en camion au côté de sa mère, que Jonathan nous montre son combat quotidien afin de l'aider à mener une vie malgré la maladie.

Le film Tarnation était arrivé bien avant YouTube et autres sites communautaires sur internet. Les vidéo-blogs où des particuliers racontent leur vie face caméra à des inconnus sont depuis une chose courante. Sept ans plus tard, Walk Away Renée est-il différent ? Il est à la fois moins novateur et moins pertinent. C’est encore un montage d’archives familiales (vidéos et photos) mais il comporte aussi une grande part de séquences qui ont été filmées exprès, à commencer par les étapes de ce voyage vers New-York. De prime abord Walk Away Renée ressemble donc objectivement beaucoup à un Tarnation 2 en deux fois moins bien.

D’un autre côté ce nouveau film essaye de s’éloigner du documentaire personnel pour aller vers différentes petites histoires qui n’ont d’ailleurs pas forcément beaucoup de liens entre elles : deux épisodes complètement psychédéliques (y compris dans son illustration sonore) racontent la possibilité d’univers parallèles. Si les épreuves de Renée sont le fil conducteur, Jonathan Caouette se laisser aller à différentes digressions qui composent le film de différentes séquences inégales. Une juxtaposition hasardeuse où Caouette nous dit qu’il aime sa mère en parlant finalement moins d’elle et plus de lui-même (un défaut dans lequel n’est pas tombé Michel Gondry avec son documentaire L’épine dans le cœur sur sa tante Suzette). Ici, la schizophrénie n'est pas diabolisé ici mais plutôt humanisé, rendant les personnages presque normaux mais vivant dans une autre dimension. Touchant, triste et pourtant parfois drôle bien que le sujet soit délicat, Jonathan Caouette a su dévoiler une facette d'un malade à travers les yeux d'un fils, non pas d'un simple réalisateur. Cette mère que l'on finit par connaître par cœur et que l'on tente de sauver à travers nos yeux de spectateurs impuissants.

Cependant même si sa mère ne se cache pas sous l'empathie de son prochain - et bien au contraire, essaye, tant bien que mal de sourire et de vivre -, aussi attachante, et pathétique aussi, que soit la vie de Jonathan Caouette, on attend maintenant de le retrouver derrière un film d’un tout autre genre. Après un court-métrage co-réalisé avec Chloé Sevigny, peut-être peut-on espérer un prochain projet en collaboration avec son ami John Cameron Mitchell (qui avait soutenu Tarnation, et qui était présent avec lui à Cannes cette année) ? De la bouche de Jonathan Caouette « Walk away Renée est un bon film de transition, pour passer du documentaire à des choses plus narratives ». On attend de voir.

Kristofy, cynthia



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