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Nuri Bilge Ceylan sur Ecran Noir

 

Il était une fois en Anatolie (Bir Zamanlar Anadolu da)

Sélection officielle - Compétition



DES "EXPERTS" EXASPERANTS





« - Il a été constaté que la victime ne portait pas de slip.
- Le mec toujours disponible quoi.
»

Le film dure 2 heures 40. Promis, la critique prendra moins de 10 minutes à lire. Nuri Bilge Ceylan a prouvé par le passé qu’il pouvait séduire, et pas seulement grâce à des images somptueuses. Quoique : le vent qui souffle et met en mouvement une forêt, une pomme qui roule interminablement, tout cela a des airs de déjà vu. Il était une fois en Anatolie n’est qu’une caricature de son cinéma, hermétique par sa lenteur et son synopsis étiré au maximum. Un beau livre illustré, avec ses cadres photographiques, ses lumières dans la nuit… Sans aucun doute le film le plus ennuyeux du 64e festival de Cannes. C’est énervant car on aurait pu imaginer une œuvre plus palpitante sur cette équipe de toquards qui enquêtent sur un crime, cherchant l’endroit où est enterré le cadavre. Cette équipe est dominée par un médecin, trop effacé, un commissaire qui croit tout savoir et se vexe quand il comprend qu’il ne sait rien et un procureur vaniteux et prétentieux. Des anti-experts ou des des sous-doués, au choix. Tous les protagonistes sont lents intellectuellement, ralentissant un peu plus l’avancée des événements.

Après une heure de recherches infructueuses répétitives (il faut repérer un endroit où se situent une fontaine, un arbre, un champ labouré), le réalisateur fait une étape dans un village. Le spectateur s’attend à un changement de direction. Tout juste apprendra-t-on au bout de 75 minutes de film qui est mort. Une heure trente de ce voyage au bout de la nuit s’est écoulée quand, au petit jour, les enquêteurs annoncent avec conviction un « C’est ici » qui nous ravit. Le film aurait pu s’arrêter là : il aurait été radical, conceptuel, à la limite du génial. Mais Ceylan préfère prolonger notre souffrance : il reste une heure dix pour revenir en ville, faire reconnaître le corps, autopsier le cadavre. Le réalisateur a perdu son humour (hormis la scène du rapport du procureur qui fait la farce), tient un discours ambivalent sur les femmes (les belles sont condamnées à la tragédie, les autres sont cruelles) et surtout entretient la confusion sur le motif du crime et l’innocence éventuelle du coupable.Il se complait dans la précision clinique d’une investigation maladroite, jusqu’à l’autopsie, où rien ne nous est épargné : ni les sons atroces de découpage de torse, ni le paquet d’intestins ôté devant l’objectif.

Où sont ses scénarios où les drames personnels se magnifiaient dans Istanbul ou au milieu de ruines antiques ? A force de prendre le contre-pieds d’un film policier classique, Ceylan omet les règles les plus élémentaires du 7e art et du genre pour que le spectateur s’intéresse à son film. Certains se laisseront bercer mais une grande majorité s’endormira. Rassurez-vous, même éveillé, on ne voit pas où il veut en venir.

vincy



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