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La source des femmes

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 02.11.2011


LE CORAN POUR LES NULS





"Pourquoi tu veux changer la tradition ?"

Film après film, Radu Mihaileanu s'impose comme un scénariste efficace, bien que parfois un peu complaisant, qui séduit avec des histoires universelles et allégoriques sur le monde ou le passé. Ses qualités, comme ses défauts, sont presque systématiquement les mêmes, et La source des femmes ne déroge pas à la règle. D'un côté, le cinéaste s'empare d'un sujet à grand pouvoir émotionnel et le déroule méthodiquement dans une œuvre didactique qui parle au plus grand nombre. De l'autre, il se laisse emporter par une mise en scène pauvre, appuyée, mélodramatique, qui use d'effets inutiles et souligne tout ce qui devrait être suggéré, notamment par une musique additionnelle grandiloquente.

Coloré, joyeux, musical, le film se présente donc sous la forme d'un conte qui entend rétablir quelques vérités sur l'Islam. D'où sans doute l'aspect stéréotypé des personnages : le couple central (le "prince" et la "princesse") qui fait rêver dans les chaumières, la méchante belle-mère, la bonne fée... Sans oublier le chœur des personnages masculins qui ressemblent aux sept nains de Blanche-Neige, caractérisés par des adjectifs : soumis, violent, hypocrite... Si le récit n'ennuie jamais, malgré quelques longueurs, il part parfois dans des directions qui jouent la carte de la surenchère (notamment le rebondissement inutile concernant Leïla), et oublie même des éléments en route. Ainsi la méchante belle-mère finit-elle par être totalement évacuée de l'intrigue, sans qu'il y ait de raison particulière.

Plus le film avance, plus il semble un catalogue de vérités, faits et clichés sur l'Islam à destination des Occidentaux. Rien n'y manque, ni les explications de texte du Coran, ni la référence aux Mille et Une nuits, ni des réponses toutes faites, parfois à l'emporte-pièces, sur les grandes questions liées à l'inégalité hommes-femmes en Orient. Alors que le cœur du film aurait dû être la remise en cause de la tradition, sujet assez vaste à lui tout seul pour tenir le spectateur en haleine pendant deux heures, Mihaileanu ne peut s'empêcher d'y additionner tous les sujets qui touchent l'Islam contemporain : le voile, l'intégrisme, les différentes interprétations du Coran, la "nécessité" d'épouser une femme vierge... A croire que le réalisateur a eu envie de lancer à lui seul un débat (à la mode par les temps qui courent) sur la religion musulmane, et d'y plaquer toutes sortes de réponses forcément bienveillantes, ouvertes d'esprit et modernistes. On ne peut le blâmer d'avoir voulu faire passer un tel message, mais on peut être gêné par son côté donneur de leçons, et aussi par l'inépuisable naïveté qui habite le film. A vouloir remettre à plat tous les "malentendus" sur l'Islam, il tombe forcément dans une certaine caricature.

Indéniablement, on a besoin de films comme celui-ci, qui aborde le sujet avec simplicité et même avec humour. Cela permet de contrer les idées nauséabondes envahissant trop souvent l'espace public. Pour autant, deux choses importent. D'abord rappeler à Radu Mihaileanu que, non, la source des femmes, ce ne sont pas les hommes, comme il l'est dit à la fin du film. Les deux sexes s'auto-alimentent et puisent tous deux à une source commune, pour poursuivre la métaphore. Ensuite, on ne peut que lui conseiller de voir le film utopique et éminemment politique Et maintenant on va où ? de Nadine Labaki, qui sur des thèmes communs de lutte féminine et de bêtise masculine, s'avère à la fois plus universel, plus constructif et plus édifiant.

MpM



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