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Melancholia

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 10.08.2011


DÉPRESSION AU-DESSUS D'UN JARDIN DANOIS





"Il n'y a de la vie que sur terre, et plus pour longtemps

La séquence d'ouverture de Melancholia saisit au vol tous les enjeux esthétiques et narratifs du film : une mariée empêtrée dans des fils gris laineux, une Ophélie à la dérive, un enfant qui prépare une cabane, des livres qui prennent feu. Un tableau visuel fulgurant sur fond de Wagner (l'ouverture de Tristan et Iseult), le summum du romantisme pour ce prologue prémonitoire qui annonce rien de moins que la fin du monde. L'extinction de toute vie est elle aussi une idée éminemment romantique, que Lars Von Trier traite avec une luminosité inattendue. A l'écran presque tout est beau, de l'image, sublimée, à la mise en scène aérienne.

Le film se découpe ensuite en deux parties qui correspondent aux deux héroïnes, deux soeurs au tempérament opposé. Justine souffre d'une profonde mélancolie qui la laisse exsangue et inanimée, même le jour de son mariage. Claire est une femme d'action, assurée et tranquille. Sans aller jusqu'à inverser leurs rôles, les deux femmes vont se rapprocher peu à peu face à la perspective de la collision entre la terre et Melancholia, une planète dix fois plus grande. Justine qui n'a rien à perdre, est soulagée par l'approche de sa propre mort, mais aussi par l'extinction de toute vie dans l'univers. Claire, au contraire, est incapable de faire face. Elle aime son existence et n'entend pas la quitter aussi brutalement. Peut-être pour la première fois de sa vie, elle ne sait comment réagir.

Mais rien n'arrête le destin. De la même manière que rien ne pouvait sauver Justine de son insondable spleen (les remèdes matérialistes et l'obsession du bonheur de son entourage ne font que l'enliser un peu plus), rien ne peut empêcher l'humanité, et avec elle toute étincelle vitale, de s'éteindre. Lars Von Trier va plus loin : non seulement ce n'est pas possible, mais surtout, cela n'est même pas souhaitable. "La vie sur terre est mauvaise. Elle ne manquera à personne.", explique Justine à sa soeur. La célèbre misanthropie du cinéaste danois est de retour... Il a dépeint avec magnificence sa dépression chronique, en offrant, pour une fois, deux grands rôles féminins, larguant les hommes en cours de films au gré de leurs lâchetés.

Tout d'abord subjugués par la beauté visuelle et le ton radical du film, on ne parvient toutefois pas à l'aimer jusqu'au bout. Après un premier chapitre riche en détails scénaristiques et en symboles, Lars Von Trier s'enlise dans sa deuxième partie. Tout à coup, le face à face entre les deux soeurs, la relation entre Claire et son mari, la léthargie de Justine ne nous parlent plus. Le temps s'étire en longueur et n'apporte aucun enjeu dramatique à la démonstration magistrale du début. Paradoxalement, la fin du monde est bien lente à arriver, et s'accompagne d'une vacuité déconcertante. Si le réalisateur n'avait plus rien à ajouter, pourquoi allonger artificiellement le film ?

Comme Malick qui s'enlise dans sa genèse (Tree of life), dépassé par l'ambition du sujet, Lars Von Trier bute sur la force métaphysique et nihiliste du sien. Reste une apocalypse intimiste et presque apaisée qui nimbe les corps d'une lumière bleutée avant de les transformer en un bouquet d'étincelles fusionnant toutes choses en une seule, telle une nouvelle cosmogonie. Cette ultime image frappe davantage et nous marquera longtemps.

MpM



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