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Le Havre

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 21.12.2011


WELCOME IN NORMANDY





« - Ça aurait pu être une carte de métro, de loin.
- Y a pas de métro au Havre.
»

Ce n’est pas la première fois que le cinéaste finlandais Aki Kaurismäki tourne en France ni même à l’extérieur de son pays. La ville du Havre offre un décor similaire à Helsinki : un port, des bâtiments froids, mais le réalisateur y ajoute ses références franchouillardes : des noms d’illustres artistes, des commerces de carte postale, une DS ou un vieux bus, du vin à chaque passage au bistro…
Pour le reste, il n’a rien changé. Une histoire de losers (quelle idée d’être cireur de pompes à l’époque des baskets), une romance amoureuse absolue, des petites gens au grand cœur, un cadre urbain désenchanté, l’appel du large, des hommes en imperméables qui inquiètent… On note que le rouge obsessionnel a fait place à un bleu gris. Ambiance Melville. C’est aussi un poète comme l’était Jacques Tati, à qui il rend de nombreux hommages déguisés, dont l’un est bien visible : la présence Pierre Etaix.

Pourtant Le Havre, malgré son aspect visuel volontairement fané, est terriblement d’actualité. En se confrontant à l’immigration clandestine, avec son humour singulier et son ton décalé, Kaurismäki délivre une œuvre généreuse, humaniste, chaleureuse et néanmoins drôle et satirique. Il dépeint une France sous occupation, avec ses résistants solidaires. Le regret d’un pays qui défendait les droits de l’homme tient de fil conducteur amer à tout le scénario. Optimiste, moqueur (les titres des journaux sont à ne pas manquer), inquiétant et absurde (la scène de l’ananas deviendra sans doute culte), Le Havre prend le parti des faibles, ceux qui survivent, ou qui sont malades. « Il y a parfois des miracles » (il y en aura) mais personne n’y croit plus. Un voisin délateur rappelle que la menace des libertés s’arrête à la peur des autres.

Heureusement, Kaurismäki, en s’expatriant, continue d’ouvrir son cinéma vers l’extérieur, vers ces « fameux autres ». Si les plans sont figés, les visages immobiles, le parler littéraire, bref si tout cela résonne comme faux, c’est pour mieux aller à l’essentiel : la vérité des actes, la sincérité des sentiments. Aussi, bien plus que le personnage héroïque malgré lui d’André Wilms (formidable), c’est l’inspecteur incarné par un merveilleux Darroussin qui nous épate. Son costume noir créé le malentendu nécessaire pour nous le rendre menaçant, mais là aussi, le cinéaste nous avertit qu’il faut se méfier des préjugés, surtout s’ils sont fondés sur les apparences.
Hilarante et sensible, la comédie aborde frontalement les camps de réfugiés, et rêve d’un soulèvement souterrain pour que l’esprit des Lumières l’emporte. Si l’on se sent si bien après la projection, c’est sans aucun doute parce qu’il est digne de bout en bout, que cette dignité nous rend chacun des protagonistes sympathiques.

Aki Kaurismäki est un cinéaste de l’utopie. Le bonheur peut-être simple. Pour le spectateur, il suffit de voir ce Havre de paix.

vincy



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