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The Artist

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 12.10.2011


LE MONDE DU SILENCE





« - Je ne dirai rien, je ne parlerai pas.
- Parle !
»

Un film en noir et blanc et presque intégralement muet, c'est assez gonflé à notre époque. Michel Hazanavicius, après avoir pastiché les James Bond dans le très sixties OSS 117, parodie le cinéma muet de la fin des années 20. Il en utilise les codes, jusque dans le scénario qui reprend une trame très classique des comédies romantiques de cette période.
Hommage nostalgique et charmant, artistiquement réussi, The Artist vire plutôt au mélo, oscillant entre la dérision des situations et la détresse des personnages. Cela amène quelques moments purement comiques mais aussi des longueurs dues aux conventions trop respectées et à un scénario prévisible.

On aurait pu imaginer que le réalisateur casse un peu ces règles, les détournent ou s'en moquent. Mais ici point de satire, juste un bref écho à notre contemporain (crise économique, mutations du cinéma...).
Aussi, The Artist apparaît comme un film à la fois atemporel et déconnecté du réel. Porté par un Jean Dujardin, en mix Chevalier-Valentino, inspiré et une Bérénice Bejo idéale, et par une série de seconds rôles américains impressionnants, le film se révèle un jeu de rôles où les comédiens grimacent et surjouent avec un réel bonheur. La musique fait le reste pour souligner le contexte, même si parfois elle ne semble pas si appropriée.

La prouesse est du côté du scénario à tiroir : un film sur le silence, qui a tous les atours d’un film muet, et qui filme des tournages sans aucun son. Un véritable jeux de miroirs se dessinent aussi où les égos dansent un bal qui peut s’avérer fatal.
On pourra reprocher que le délire n’aille pas jusqu’au bout et souffre de quelques incohérences formelles (pourquoi un film parlant est-il muet ? pourquoi ne pas enfermer ce personnage silencieux dans un monde qui s’envahit de bruit ? pourquoi l’entretien radiophonique n’est-il pas sonore ?). D’autant que quelques bruits ponctuent l’histoire : et leur effet est dévastateur, drôle et absurde. Un verre qui se pose sur la table montre à quel point cela change tout le cinéma. Mais le héros en reste sans voix. Hazanavicius a été beaucoup plus inventif en jouant sur le paradoxe de personnages qui veulent « parler » tout en les laissant muets.

The Artist avait un potentiel bien plus riche avec un tel sujet. Le cinéaste et scénariste a opté pour l’itinéraire d’une gloire déchue, qui va jusqu’à tuer son propre double de cinéma dans son unique réalisation. Métaphore d’un monde qui disparaît.
Mais cela ne retire en rien l’aspect séduisant de cette comédie où la forme l’emporte sur le fond. Dans un contexte où tout est formaté, ce genre d’œuvres singulières sont comme des respirations. Le souffle est d’ailleurs le seul son qui s’échappe de la bouche du héros. Un souffle qui prouve que l’audace au cinéma est encore en vie.

vincy



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