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Michael

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 09.11.2011


L'HOMME ET L'ENFANT





"- Ceci est ma queue, ceci est mon couteau. Tu préfères que je te plante quoi ?
- le couteau.
"

C'est un film en apnée. Une heure trente à retenir son souffle tandis que Markus Schleinzer décrit avec une précision clinique le genre de relation qui peut unir un petit garçon de dix ans et l'homme qui le séquestre depuis des mois. Un sujet forcément impossible, à la fois insupportable, irracontable et inimaginable, dont le cinéaste s'empare avec une détermination froide. Sans jamais chercher à rendre son histoire aimable (comment le pourrait-il ?), il déroule les faits méthodiquement, les uns après les autres, dans des scènes souvent très courtes au fort pouvoir d'évocation. Car c'est de la juxtaposition de ces scènes en apparence anodines, et des ellipses qui les unissent, que naît l'horreur.

Sans aucun voyeurisme, sans aucune facilité scénaristique, le film relate des simples faits qui, mis bout à bout, dressent le portrait monstrueux d'un homme au-delà de toute compréhension. Le réalisateur se garde d'ailleurs bien de chercher à le comprendre ou à l'expliquer. Pas une once de psychologie ou de clef psychanalitique. On ne saura rien des mois ou des années qui ont précédé la période décrite dans le film. On ne saura rien non plus de ce qui se passera ensuite. Michael nous reste opaque, inconnu. Un être complexe que le cinéaste n'a à aucun moment essayé d'humaniser, ou au contraire de déshumaniser. Il se contente d'enregistrer son comportement : tour à tour autoritaire, paternel, brusque, prévenant... Ce qui frappe, surtout, c'est son fantasme de toute puissance ("tu crois vraiment avoir une chance ?", dit-il au petit garçon qui veut le frapper) et son absence de sentiment. Le reste demeure dans l'ombre. Car peu importe ce qui a conduit Michael à en arriver là. Peu importe qui il est vraiment. Le film a beau être en quasi permanence focalisé sur lui, on n'aura jamais son point de vue.

Cette vision chirurgicale extérieure et neutre était sans doute le seul moyen d'éviter à la fois tout voyeurisme, tout pathos et tout faux pas. Plan après plan (la plupart du temps fixes), le film prend surtout bien garde à ne pas être brillant. Pas d'esthétisme de l'horreur. Pas de facilité mélodramatique. Pour cela, il utilise le dispositif le plus simple : mise en scène minimaliste, pas de musique, peu de dialogues. La seule chose qu'il s'autorise, c'est de jouer avec nos nerfs en laissant croire à plusieurs reprises que le calvaire de l'enfant va prendre fin. L'idée était sans doute de maintenir notre attention en éveil, ce qui est probablement la seule concession à l'égard du spectateur. Car pour le reste, toutes les "attentes" trop évidentes (happy end, châtiment, rédemption...) sont déçues. Il ne s'agit ni de satisfaire la curiosité de ceux qui regardent, ni d'alléger leur douleur ou soulager leur conscience avec une forme ou une autre de catharsis. Il y a même une certaine ironie dans la dernière partie du film, qui accentue cette position radicale.

Plus on sort en colère, frustré ou anéanti du film, plus le pari de Markus Schleinzer est gagné. Non pas parce qu'il aurait cherché à choquer à tout prix, mais parce que ce qu'il montre appelle naturellement l'une de ces réactions. On ne peut pas ensuite rentrer chez soi comme si de rien n'était, vaguement soulagé. La réalité brute doit nous accompagner et s'imprimer de manière indélébile dans nos esprits. De ce point de vue, Markus Schleinzer ne réalise pas seulement un film captivant et édifiant, il choisit la seule voie possible pour faire exister cette histoire.

MpM



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