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Footnote (Hearat Shulayim)

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 07.12.2011


AU NOM DES PAIRS





«- J’ignore qui est cet homme mais c’est mon père.»

Il est dit à un moment donné du film que l’acharnement à vouloir des prix et des honneurs trahit les esprits les plus purs et les détenteurs du Savoir. Joseph Cedar n’aura donc pas l’outrecuidance de réclamer un prix s’il veut être complètement honnête avec son propos… Après un Beaufort époustouflant, film de guerre tendu et désespéré, il nous offre une comédie légère, pour ne pas dire anecdotique, traversée par un dilemme familial. Superficiel en apparence, le film est aussi une thèse un peu maladroite sur le rapport entre la vérité et le subterfuge.

Enoncé comme cela, on pourrait croire à un exercice fastidieux. Mais Cedar le formalise avec une mise en scène vivifiante, comme un feuilleton avec une intrigue presque policière, une musique pétillante, parfois agaçante, et un montage certes factice mais ludique. Un honnête divertissement. Il use de l’humour typiquement israélien pour pousser certains raisonnements jusqu’à l’absurde, abuse de situations cocasses confinant au burlesque, s’amuse avec une dialectique qui oblige les protagonistes à pousser leur logique jusque dans ses derniers retranchements.

Face à face, un fils brillant, moderne, qui accapare tous les honneurs mais cherche la reconnaissance de son père, qui, lui, s’estime injustement ignoré, méprisé, et se veut surtout plus intègre. Un fils prêt aux compromis par amour pour son géniteur, un père autiste, emmuré dans son univers de vieux manuscrits et de papiers archivés, ne cherchant qu’une gloire éphémère.

Le prodige et l’éternel second. Une erreur va les conduire chacun dans leur vérité. Une rivalité professionnelle se dessine, avec ses répercussions démesurées. Cedar glisse alors vers un polar où le meurtre est psychologique, le crime intellectuel et l’arme le prix d’Israël et le rapport du jury qui va avec. La musique a alors des airs hitchcockiens. Le conflit entre le père et le fils, l’intransigeant et le séduisant, aurait pu aboutir à un happy end émouvant. Le réalisateur, toujours un brin pessimiste sur l’avenir de son pays, opte pour un épilogue où chacun reste sur ses positions, par honneur, ou goût de l’honneur.

Malheureusement, le personnage du père est trop simpliste pour faire évoluer la situation. Le réalisateur s’est piégé lui-même en créant un être humain – forteresse, sourd à tout, aveuglé par un rien, bercé d’illusions, et incapable d’ouvrir la moindre porte. Un con de père qui va profiter de son fils trop bon. La forteresse ne s’effondrera que dans sa tête, mais pas en extérieur. Il suffira de quelques mots. Lorsqu’il comprend la supercherie, lorsqu’il saisit qu’il devient un usurpateur, il s’enferme dans ce mensonge qui lui convient bien. Là le scénario ne va pas assez loin, ou a été trop loin.

Si bien que les seules séquences marquantes de Footnote sont celles entre le fils et l’ennemi de son père. Là, les dialogues fusent avec intelligence, la réalisation est inspirée ou sobre, le film prend de l’épaisseur. En dehors de ces deux moments, la vacuité de la forme et la vanité des personnages nous laissent un sentiment mitigé. Le plaisir de voir une comédie et la frustration de constater qu’il manque un sous-sol pour qu’elle ait plus de profondeur.

vincy



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