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Polisse

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 19.10.2011


LAW & DISORDERS





"- On ne suce pas pour un portable, tu en es consciente quand même ?
- Ben c'était un beau portable...


Plus très facile de parler de la police au cinéma depuis l'explosion des séries télévisées exploitant ce juteux filon. Les spectateurs gavés aux Experts, Esprits criminels et autres FBI portés disparus sont non seulement devenus exigeants, mais surtout blasés. Pour les surprendre ou les séduire, il faut soit une certaine surenchère dans les intrigues développées, soit un concept vraiment novateur.

Dans une certaine mesure, Maïwen a trouvé comment se démarquer en construisant son film comme un documentaire qui suit le plus réalistement possible le quotidien des membres de la brigade des Mineurs. Les policiers y apparaissent à l'opposée de l'image glamour donnée par la télévision : ils se disputent sans cesse, n'écoutent pas les briefings, agissent dans la précipitation la plus totale... Professionnels mais humains.

Ce qui est sans doute plus proche de la réalité. En effet, comme son personnage dans le film, la réalisatrice a accompagné des policiers en mission et s'en est inspiré pour écrire le scénario. Par ailleurs, afin d'éviter toute ressemblance avec un énième épisode de PJ, le récit est très morcelé, passant d'une histoire à une autre sans suivi ni transition. Le spectateur se retrouve exactement dans la situation des policiers qui prennent une affaire en cours, réalisent les premiers interrogatoires, et enchaînent ensuite avec une autre sans savoir ce qu'il adviendra aux victimes ou aux suspects.

En cela, le film est captivant, fascinant, bouleversant. En deux heures défilent sous nos yeux les pires crimes imaginables (inceste, pédophilie, exploitation de mineurs...) mais surtout les réalités crues de la société française actuelle : misère sociale et économique, manque de moyens d'action, impuissance de la brigade à protéger les plus faibles, injustices sociales... Certaines histoires sont plus édifiantes que d'autres, mais toutes reflètent une problématique existante. Ainsi la jeune policière qu'on imagine d'origine maghrébine est considérée comme une traître par les prévenus eux-aussi issus de l'immigration. Les adolescentes ont un rapport révoltant à la sexualité, considérée comme un moyen d'échange parmi d'autre. Parmi les policiers eux-même, il y a des dissensions entre une jeune recrue qui s'exprime avec aisance, et ses collègues moins éduqués qui se sentent agressés par son niveau de langue. Sans oublier bien sûr le fossé grandissant entre les réalités du terrain et les décisions politiques prises à la tête de la brigade.

Cet instantané de la France en 2011 donne un beau film dense et foisonnant qui fera sûrement date. Hélas, quelques défauts rédhibitoires l'empêchent d'être une totale réussite, à commencer par la trop grande importance donnée à la vie privée des personnages. Ces disputes de couple, répétitives et souvent stéréotypées, finissent par complétement parasiter le reste, rallongeant inutilement une intrigue sui se suffisait largement à elle-même. Curieusement, cela semble la seule concession de Maïwen au modèle formaté des séries télévisées, mais elle est totale, n'omettant ni l'inévitable histoire d'amour entre membres de la brigade, ni l'indeffectible amitié qui tourne mal. Elle-même s'est donné un rôle à la limite de la complaisance (du narcissisme ?). Ce personnage de photographe qui suit la brigade est mal exploité et presque toujours artificiel. Quant à son aventure avec le flic incarné par Joey Starr, elle frise le ridicule.

Au final, le principal reproche que l'on puisse faire à la réalisatrice est d'avoir voulu en faire ou en dire trop. Là où un point de vue quasi documentaire apporte souffle et force au propos, la réinjection d'éléments fictionnels plus classiques, semblant représenter un catalogue exhaustif de problèmes privés allant du divorce à l'anorexie, en remet en question et la sincérité et l'importance.

MpM



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