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Habemus Papam

Sélection officielle - Compétition
Italie / sortie le 07.09.2011


SOUS PAPE DE SÛRET�





- J’ai une carrence de soins.

L’affrontement entre la religion catholique et la psychanalyse n’aura pas lieu. Nanni Moretti évacue très vite (trop) la dialectique tant attendue qui servait de pilier � son histoire, préférant la farce et l’errance � la satire et au huis-clos. Habemus Papam (Nous avons un pape) s’égare comme son personnage principal s’enfuit dans Rome ou comme ses cardinaux se perdent dans l’ennui.

Avec un tel sujet, il est difficile d’expliquer le manque d’inspiration des scénaristes. D’autant que la première demi -heure du film semble bénie. Le conclave pour élire le Pape recèle de grands moments de comédie. Ce service gériatrie qui se réunit ressemble � un examen de fin d’année, avec ses cancres, ceux qui sèchent et tous ceux qui prient pour être recalés. Ce conclave commence d’ailleurs dans le noir absolu. Noir comme la fumée qui s’échappe après de multiples votes infructueux, noir comme leur incapacit� � voir qui pourrait les représenter. Les cardinaux sont dans le cirage le plus total. C’est donc un outsider qui l’emportera. Le Cardinal Melville, interprét� avec ce qu’il faut d'orgueil, de joie et de doutes par Michel Piccoli. Un homme et des vieux�

Mais voil�, ce pape a une crise existentielle, et emporte le Vatican dans ses tourments. Piccoli n’a pas d’issue dans ce territoire labyrinthique. Il est même écras� par les décors, écras� par sa charge. � Aidez-moi �. La psychanalyse est appelée au secours : cette opposition frontale, cohabitation impossible de deux points de vue de l’humanit�, aurait pu être un � buddy movie � improbable et jubilatoire. La séquence met en scène Nanni Moretti, alors � son meilleur, et Piccoli. La foi catholique n’est pas compatible avec les thèses de Freud. On aurait aim� que le film soit ainsi sur toute sa durée.

Hélas, le scénario perd son intensit� assez rapidement et le cinéaste, par péch� de narcissisme, se filme trop dans des séquences longues et fades. Ce qui aurait pu être de la farce se révèle au mieux un gag mal calibr�. Parallèlement, ce pape qui ne veut pas être pape, s’évade après une séance de psychanalyse qui le comble. Il redevient un homme parmi les autres, humble, cherchant sa voie. Un pape disparaît et c’est la panique au Vatican. Parfois, on espère que le thriller l’emporte ou que la satire revienne, mais Habemus Papam s’enlise dans son sujet. Le spectateur est comme les cardinaux : en suspens.

Car il ne se passe pas grand-chose, hormis une interminable partie de volley, pour combler le vide. Ce manque de consistance, Moretti ne le remplit que parcimonieusement avec ce Pape qui se rêvait acteur. C’est en filmant Piccoli qu’il retrouve un peu de grâce. Le pape n’est qu’un rôle, un personnage dans cet immense théâtre des vanités. Il y a les rideaux rouges qui sont fouettés par le vent sur le balcon de Saint-Pierre. L'allégorie suffisait � produire une critique sociale et psychologique d’un individu inadapt� au rôle qu’on lui donne, � l'inverse de cet acteur qui sait tout jouer mais qui ne sait pas partager le pouvoir sur la scène.

C’est ironiquement dans un théâtre que les Cardinaux � vrais ados immatures - vont faire un coup d’éclat. C’est aussi une fin dramatique, très dramaturgique même, que Moretti choisit pour conclure ce conclave. Cette fin est d’ailleurs, de loin, l’une des plus belles séquences du film, lui donnant � la fois de l’ampleur et du sens. Ce que déclare alors le Pape est universel. Un appel � la libert� individuelle et au respect de la volont� de chacun. Mais que c’est regrettable d’avoir subi un film si déséquilibr�, d’avoir ce sentiment de déception, pour parvenir � cette fin, pour que le cinéaste parvienne � ses fins.

Au moins le Pape Melville aura obtenu ce qu’il voulait : une longue tirade dans cette pièce tchékhovienne o� les faux semblants ne sauvent aucune apparence. Son vœu d’être acteur fut exauc�. Pas sûr, en revanche, que l’église s’en sorte bien ; l’idolâtrie des fidèles, les règles strictes et désuètes du Vatican, la communication opaque du Saint-Siège, les églises vides, le rejet du darwinisme et de l’inconscient : voil� autant de coups de griffe que Moretti, qu’on a quand même connu plus irrespectueux, inflige au Catholicisme. Cela ne suffit pas � qualifier le film de provocateur. Il n’y a pas lieu � polémique, car, ce n’est finalement qu’un jeu politique. On préférait cependant le regard du réalisateur sur Berlusconi dans Le caïman.

vincy



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