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festival-cannes.com
Music for one apartment and six drummers, « l’ancêtre » de Sound of noise
Interview des deux réalisateurs
site internet français du film

 

Sound of Noise

Semaine critique - Films en sélection
/ sortie le 29.12.2010


LE METRONOME ILLUSTRÉ





«- Je rêvais d’une musique faite de silence. »

Et si on entrait en résistance ? Que dis-je ! En révolution ! Avec une floppée d’attentats terroristes, mais pas une goutte de sang. Une révolte pleine de bruits et de fureurs. Surtout du bruit. Du bon gros son. Avec du rythme. Et donc un métronome. Indispensable instrument qui ponctue tout le film.
Un tic-tac qui réveillerait nos consciences mortes et nous font taper du pied dans une salle de cinéma. Sound of Noise réchauffe nos sangs et nous réjouit de bout en bout. Certes le prétexte du scénario semble bien mince : un flic enquête sur une série de « happenings » absurdes (et illégaux). L’inspecteur s’appelle Amadeus, issu d’une famille de grands musiciens et est allergique à toute forme de mélodie orchestrée. Il enquête pour essayer de découvrir qui se permet de se servir d’un malade et d’un bloc opératoire pour jouer une partition, de braquer une banque pour inventer du son, de parasiter un concert de musique classique avec des engins du BTP…
Musicalement, on se régale. Comme Björk ou Stomp!, chaque objet, chaque mouvement, chaque matière sert de percussion, de piste sonore, et ajoutés les uns aux autres forment un morceau (inventif et percutant).

Si le synopsis est simple, le découpage permet de réussir l’alchimie entre le film policier, l’histoire romantique, et le terrorisme musical. Le divertissement est proprement entraînant. Les personnages sont suffisamment décalés et normaux pour nous embarquer dans leur délire, où certains phénomènes sont inexpliqués (et inexplicables). C’est inspiré, imaginatif, ça rock, ça boume. Chaque morceau est un acte terroriste qui conduit à l’arrestation du moindre tambourineur de rue (« On va nettoyer cette ville de cette lie musicienne »). Dans une ville saturée de musique d’ascenseur, de bals populaires, de boîtes de nuit, de radio FM, de concertes, de sons en tous genres, ils deviennent des respirations, des pauses, des cris pour rappeler l’importance de ce qu’on l’écoute, pour laver nos cerveaux de toute cette daube auditive qu’on nous inflige.

C’est violent et divertissant, électrique et poétique. Certains clamaient « I have a Dream », eux hurlent « I Have a Drum ».
De l’attentat terroriste on glisse vers l’attentat artistique. Le film est ludique, étrange, classique, insolite. Ça n’a rien de masturbatoire, ça ne rend sourd que l’inspecteur. On est là à trépigner en attendant le morceau suivant. Le réalisateurs s’amusent à titrer chaque séquence musciale comme s’il introduisait un vidéo-clip. "Kill Kill Haydn" a notre préférence côté trouvaille.
Avec un flic aux airs de Kevin Costner, une fée électrique et une série de personnages secondaires bien écrits, cette comédie est filmée comme un suspens presque stressant. Et néanmoins magique. C’est tout une ville qui vibre en son et lumières autour d’une déclaration. Car finalement, Sound of Noise est un conte, doux et mélancolique, où le prince charmant est une musicienne. Et comme un air de bossa nova, quand la joie des rythmes se mélangent aux tristesses humaines, le film s’avère peut-être désespéré, mais vraiment pas déprimant. Un ultime chant du cygne contre un monde piégé par ses codes et son formalisme. Sans doute, le film aurait pu aller plus loin dans son originalité, afin d’épouser son message. Mais le plaisir, intense, est intact du début à la fin.

vincy



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