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Ha ha ha

Certain Regard



LE TOURBILLON DE LA VIE





"- Comment peut-on vivre avec des hommes si stupides ?
- C'est pour ça que je vis seule.
"

Enième variation sur le couple et les rapports amoureux pour Hong Sang-soo qui, à défaut d'innover, propose un marivaudage plaisant et léger où hommes et femmes se croisent, se séduisent, se quittent et se retrouvent sans se prendre au sérieux. Comme toujours chez le Coréen, le film s'articule autour de scènes de repas permettant aux protagonistes de discourir interminablement sur la vie et l'amour. Cette fois, il pousse d'autant plus le procédé que le film n'est qu'un seul long repas (symbolisé par deux voix-off sur des photos en noir et blanc, style "roman photos") durant lequel les deux personnages se racontent à tour de rôle une aventure leur étant arrivée. Les séquences filmées correspondent donc à autant de flash-back passant d'une histoire à l'autre. Mais bien sûr, celles-ci finiront par se rejoindre, voire se confrondre, sans que les protagonistes en aient conscience.

Alors, quoi de neuf dans l'univers d'Hong Sang-soo ? Pour une fois, les hommes ont l'air moins lâches, plus offensifs. Ils font des choix et prennent leurs responsabilités... même si cela ne leur réussit pas forcément. En face, par contre, les femmes semblent plus fragiles que d'ordinaire. L'une d'elle ne sait pas trop comment se décider entre son copain (pénible mais mignon) et le nouveau garçon qu'elle a rencontré. L'autre a sans cesse besoin d'être rassurée, et interroge en boucle son amant sur les raisons pour lesquelles il l'aime. Tous se préoccupent de poésie, qui devient le moyen de "voir seulement les bonnes choses de la vie".

Visuellement, le style du réalisateur a très peu changé (toujours de longs plans fixes, moins d'effets de zoom), et l'on retrouve tous les motifs de ses films précédents : le bord de mer, le hasard des rencontres, le trio amoureux, la dualité, les coincidences, l'alcool et bien sûr les conversations à bâtons rompus. Inmanquablement, la parole précède, voire remplace, l'action.

Au milieu de ces discours, de ces tergiversations et revirements soudains, l'existence paraît alors dérisoire, vouée à d'éternels imbroglios et jeux de doubles qui ne mènent nulle part. Le ton acéré des dialogues et le sens des situations, décalés et hilarants (du pur Hong Sang-soo), portent sur le monde un regard moqueur, presque désabusé. Chacun noie son ennui dans la séduction et l'alcool, les deux seules choses auxquelles semble encore croire le cinéaste. On n'est pas obligé de le suivre sur ce terrain-là, et on a même le droit d'être lassé par cette éternelle exploration du même thème, mais difficile de nier qu'avec Ha ha ha, il joue à la perfection sa partition.

MpM



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