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Le secret de Chanda (Life above all)

Certain Regard



HEAVEN’S GATES





« - Je déçois tout le monde. »

Il est difficile de ne pas succomber à l’émotion de Life above all. Pourtant le sujet avait tout pour être traité de façon sordide, didactique, et même moraliste. Mais Oliver Schmitz a opté pour un film à l’image superbe, presque sensuelle, et un point de vue où les adultes n’ont pas la place de se complaire dans leurs malheurs.
Dans un pays où le SIDA fait des ravages et est encore considéré comme un démon que l’on chasse avec un sorcier, que l’on rejette comme on isolait les lépreux au Moyen-Age, c’est le regard d’une adolescente qui est mis en exergue. Elle est jolie, maligne, éduquée, dotée d’un tempérament mature, et fait davantage confiance aux hôpitaux qu’aux médecins charlatans à la solde des groupes pharmaceutiques. Elle amène ainsi une énergie, un dynamisme qui positive chacun de ses combats, quitte à laisser tomber l’école « au nom des siens ».

Car elle est brave : elle affronte des voisins ignares, une famille lointaine hargneuse, les ragots qui comptent plus que les faits, et puis aussi, surtout, la mort de sa petite sœur, celle de son beau-père, la lente extinction de sa mère. Elle n’est pas encore majeure qu’elle est déjà en charge d’une famille : une sœur, un frère, sa meilleure amie orpheline. Fille courage. Une femme qui crie. N’en jetez plus.
Pourtant, cela fonctionne de bout en bout. On se laisse emporter par ses péripéties qui n’ont qu’un but : laisser mourir dans la dignité ses proches d’un mal absolu dont on tait le nom ou que l’on appelle « grippe ». Un fléau dont chacun est menacé mais où personne ne veut en comprendre la mesure, alors que les traitements sont disponibles.

Life above all est chargé d’optimisme malgré toutes ses douleurs et ses souffrances. Il montre une Afrique rurale et des bidonvilles crasseux. Il évoque le poids de la superstition et les erreurs commises par ignorance. La misère n’est que la corde que Dieu tend pour les pendre… Chanda se bat contre tout ça, fait preuve d’une générosité réelle, d’une dévotion immense envers sa mère, croit aux liens humains au delà des jugements. Et cette décharge d’adrénaline où les actes priment sur les atermoiements bavards conduira à une belle émotion, presque apaisante.
Cela n’empêche pas le personnage d’avoir ses doutes, de faire part de ses angoisses, d’avoir peur de décevoir. Tandis que tout le monde la tanne avec une seconde chance possible, elle ne veut être ancrée que dans le présent. C’est ici et maintenant.

C’est aussi avant tout un film où les femmes sont magnifiques, charismatiques (les hommes ne sont que les ombres d’eux mêmes). De mensonges en éclats de vérité, tout est dit simplement. Jusqu’au chant funèbre envoûtant qui balaie les sales coups de la vie, mais permet d’espérer qu’une autre Afrique est possible grâce à des gamines comme Chanda qui refuse la fatalité et ne se résigne pas aux croyances d’un autre temps.

vincy



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