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Poetry (Shi)

Sélection officielle - Compétition



LES FLEURS ONT LEUR SECRET





« - Je vais suivre un cours de poésie. J’ai des prédispositions. J’aime les fleurs et je dis des trucs bizarres. »

Poetry porte bien son titre. Un long poème, ponctués de nombreux poèmes (inégaux), qui rend hommage à un temps passé. Lee Changdong a d’ailleurs ressuscité la légende du cinéma coréen (24 prix d’interprétations), Yoon Jeong Hee, qui n’avait pas tourné depuis 16 ans. Quel meilleur symbole d’une époque révolue ?
Le cinéaste poursuit son exploration des sentiments qui dérivent. La mort, ici un suicide, rode toujours et déclenche chez cette femme atteinte d’Alzheimer, des petites réactions en chaîne qui transformeront son destin. Frivole et un peu ailleurs, insouciante et toujours maîtresse d’elle-même, cette vieille femme élégante a des allures de jeunes filles. Dame qui aime les camélias, elle essaie d’affronter des choses qui la dépassent et qui la blessent : elle n’est décidément plus en phase avec son époque. Ces jeunes autistes dans leur monde matériel, ces vieux qui prennent du viagra, ces mâles qui ne parlent que d’argent et en oublient toute dignité humaine, sa fille qui lui délègue sa maternité…
Nostalgique, l’œuvre ne propose jamais un aspect positif de la société contemporaine, vu comme un système infernal et une humanité perdue. La nature, la poésie et le dialogue sont du coup sa seule manière de résister à ce rouleau compresseur qui la broie.
L’actrice incarne avec finesse et entrain ces dérèglements du corps et de la tête de son personnage, comme si elle accompagnait ses propres adieux au grand écran. Malheureusement, Lee Chang Dong ne se renouvelle pas. Il ne semble avoir « stimulé ses nerfs périphériques ». Trauma originel, rituel chrétien, rivière maudite, folie des femmes. Comme dans Secret Sunshine, il reprend les mêmes idées en les disposant dans un canevas plus séduisant. Mais avec ce scénario, certes ciselé à la perfection mais si prévisible, peuplé de personnages si anecdotiques, le film ennuie comme un cours de littérature récité. La surdose de douleurs et de souffrance, les sacrifices qui s’accumulent en font une sainte, à la fois servante serviable et incapable de s’adapter. Comme dans Un Homme qui crie, elle ne peut pas lutter.
Reconnaissons au réalisateur quelques moments de grâce et un regard social plein d’acuité. Mais surtout, il confirme son talent à créer des personnages féminins sublimes. Seules ses muses semblent inspirer ses portraits impressionnistes. Mais le temps est long pour les spectateurs qui ne goûtent pas la lenteur de la vieillesse.

vincy



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