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Outrage

Sélection officielle - Compétition
Japon


HISTOIRE SANG HONNEUR





"Maintenant, se couper un doigt est une pratique inutile."

Quel plaisir de retrouver Takeshi Kitano aux manettes d'un film de genre ! Même si le réalisateur est loin d'être au top de sa forme, il faut avouer qu'on aime lui voir faire ce qu'il fait le mieux : raconter des histoires de gangsters et filmer comme personne la violence la plus crue. Ce qui n'empêche pas non plus d'avoir des réticences sur certains aspects du scénario (primaire et systématique) ou même sur la bonne tenue de l'ensemble (trop long). Si l'on a en tête Sonatine ou Hana-bi, forcément, on est déçu.

Toutefois, dans l'oeuvre particulière du cinéaste japonais, Outrage n'arrive pas par hasard. Au contraire, il s'inscrit dans la continuit� en reprenant le motif du film de yakuzas, mais sur une modalit� différente, beaucoup plus cynique et désenchantée qu'autrefois. Ses personnages n'obéissent ainsi plus � aucun code d'honneur (au contraire, ils s'entretuent et se trahissent même entre frères jurés) et ne sont mûs que par la soif du pouvoir et l'appât maladif du gain.

Kitano démonte pièce par pièce tout ce qui pouvait sembler un tant soit peu héroïque ou noble dans le système des clans, � savoir la solidarit�, la fraternit�, le sens de la bravoure et de l'honneur. Il montre non sans cruaut� (et même sadisme), et avec un vrai humour noir, des individus � la limite de l'humanit�, passant leur temps � s'insulter et � se tabasser pour des broutilles. Ils ne respectent rien, si ce n'est une violence supérieure � la leur. Le réalisateur s'en donne d'ailleurs � coeur joie dans la surenchère gore : décapitation crade, doigt coup� au cutter, baguettes enfoncées dans le tympan, langue coupée... Il n'épargne rien � ses personnages (qui passent pour la plupart par d'atroces souffrances) ni � ses spectateurs, qui doivent supporter des plans implacables sur des morceaux de chair sanguinolente. De quoi faire frémir les coeurs les mieux accrochés.

Et le pire, c'est qu'il filme cela avec une telle sécheresse, un tel sens de la mise en scène, trouvant presque � chaque fois un petit détail cocasse � ajouter, que cela permet paradoxalement � ces scènes horribles de devenir hilarantes. Ainsi ce bol de nouilles végétariennes servies au client avec des morceaux de doigts du cuisinier dedans... ou encore le bandage en forme de croix sur le visage de l'un des yakuzas...

On sent bien, comme le dit l'un des personnages, que Takeshi Kitano est un "yakuza sur le retour". D'o� le pessimisme qui ressort du film, o� le moindre incident anecdotique entre clans même alliés prend des proportions délirantes parce que plus personne n'est capable de contrôler le crime organis�. Au travers du personnage du policer et du diplomate (tous deux caricaturaux), on comprend que ni la justice, ni l'état ne peuvent plus rien. Mais a-t-on encore besoin de forces spéciales pour combattre la mafia, quand ses membres le font si bien eux-mêmes ?

Outrage semble alors le pendant japonais des deux volets d'Election, vision apocalyptique de la folie meurtrière des triades vues par Johnnie To. Même violence, même cynisme, même absence du moindre élément positif qui rendrait l'une ou l'autre bande sympathique ou attachante... Dans les deux cas, tout est fait pour détourner le public (notamment occidental, pour lequel cela pourrait être relativement fascinant) de toute vision romantique des bandes organisées. Et au final, même si l'objectif est plutôt atteint, cela ne suffit pas � faire d'Outrage autre chose qu'un Kitano mineur.

MpM



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