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Copie conforme

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 19.05.2010


MEFIEZ-VOUS DES CONTREFACONS





"On va tous mourir, et alors ?"

Pour replique Rolex Perpetual son premier film tourné hors d'Iran, Abbas Kiarostami a choisi d'enrôler Juliette Binoche, exactement comme Hou Hsiao-Hsien pour Le voyage du ballon rouge en 2007. Et comme pour son illustre collègue, on s'interroge sur ce que peut apporter une telle délocalisation au cinéma très spécifique d'un cinéaste habitué à parler des réalités de son pays replique Rolex Datejust. La réponse est hélas en demi-teinte.

Dans sa première partie, Copie conforme séduit avec un rythme enlevé et des répliques cinglantes. Le jeu de séduction entre l'écrivain anglais et la galeriste française ne manque pas de piquant. On retrouve également des motifs récurrents dans le cinéma du réalisateur iranien, notamment la conversation hilarante entre la mère et son fils, ou la séquence en voiture. Les deux personnages échangent leurs vues sur ce qui s'avère le coeur du film (d'où son titre), la différence, dans le domaine de l'art, entre copie et original, et la question de savoir lequel est le plus intéressant à regarder. Bien sûr ils ne sont pas d'accord et cela donne lieu à quelques savoureuses lignes de dialogue. Mais cela démontre aussi une vision un peu "réac" et en tout cas ringarde du couple. En 2010, croire que l'homme est encore la puissance rassurante, qu'il lui suffit de poser sa main sur l'épaule d'une femme, filmer cette femme comme en attente pour se soumettre au regard de l'homme, gâche toute la subtilité de l'écriture. A l'ombre de Rossellini et de Bergman, il ne parvient pas à transposer son image du couple dans l'époque actuelle, libérée des contraintes judéo-chrétiennes et d'un embourgeoisement stérile.

Puis un changement radical de direction laisse penser que Kiarostami veut prouver sa théorie non pas seulement à travers ce que disent ses personnages, mais également par le biais de ce qu'ils vivent. Il faut un moment au spectateur pour comprendre pourquoi les deux protagonistes prétendent soudainement être autre chose que ce qu'ils étaient au départ. Puisqu'on le prend pour le mari de la galeriste, James le devient le temps d'une journée. Le décalque d'un époux absent.

Tous deux jouent alors au couple, ou tout au moins à la vision que Kiarostami semble avoir du couple, avec des hommes qui travaillent trop et des femmes qui ont juste besoin d'être protégées. Réducteur, voire poseur, car ces saynètes restent relativement superficielles, et ne disent rien des relations amoureuses qui n'ait déjà été dit cent fois. Le message est relativement évident (on ne peut pas être sûr que quoi que ce soit de ce que montre Copie conforme est vrai, ce qui est généralement le cas des films...) et sans grand intérêt.

Malgré la Toscane (décor idéal car parfait contre-pied à cette vision pessimiste du couple), et Juliette Binoche (qui compose avec finesse son rôle de chieuse fragile et vulnérable), Kiarostami ne parvient pas à exporter en Europe ce qui a fait sa notoriété en Iran : un regard acéré sur le monde et un ton si naturaliste qu'il semble toujours filmer la vie comme elle va. Malgré son brillant formalisme (l'histoire, après une succession de dédales comme autant d'hésitations sur la vie en couple) va s'enfermer dans une impasse symbolique : une chambre d'hôtel étroite, celle de la nuit de noce : peut-on retrouver les émotions des premiers désirs pour sauver un mariage ?
Mais la dernière demi-heure est poussive, sonne presque faux, s'égare dans une noirceur factice. Comme ces sourires énamourés que la femme jette aux couples de jeunes mariés, ou l'affectation de l'homme quand elle lui fait des reproches. Dans des conditions particulières, avec une inspiration et des défis nouveaux, Kiarostami a essayé de transposer sa pensée dans une forme différente... et prouve presque ironiquement que parfois, les "copies" ne valent pas les originaux...

MpM



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