Choix du public :  
 
Nombre de votes : 342
 












 
Partager    twitter



festival-cannes.com
Indigènes

 

Hors-la-Loi

Sélection officielle - Compétition
Algérie


LA BATAILLE DE PARIS





"La violence finira toujours par nous servir."

Puisque c’est par le biais de la polémique qu’ Hors la loi a commencé à faire parler de lui, autant aller droit au but : rien dans le film ne justifie les accusations haineuses dont il a été l’objet. Il ne s’agit en effet pas pour Rachid Bouchareb de faire l’apologie du FLN mais simplement de raconter de la manière la plus pédagogique possible ce pan sanglant de l’histoire algérienne. Pour ce faire, il suit le destin particulier de trois frères engagés dans la libération de leur pays. Le procédé est on ne peut plus classique mais efficace, puisqu’il lui permet de décortiquer les mécanismes du mouvement.

Comme toutes les organisations révolutionnaires, le FLN se repose sur la base (lui réclamant impôts et actions armées) mais la sacrifie chaque fois que l’occasion se présente. Peu importent les dommages collatéraux tant que la révolution triomphe. Autrement dit : la fin justifie les moyens. Non seulement on est loin d’un discours propagandiste, mais en plus il s’agit d’un propos universel, commun à toutes les organisations armées (et que l’on retrouve aussi bien dans Le vent se lève de Ken Loach sur l’IRA que dans L'armée du crime de Robert Guédiguian sur la résistance française).

Par contre, on peut effectivement reprocher à Rachid Bouchareb une certaine imprécision historique sur les événements de Sétif. A l’écran, on a l’impression que les massacres ont tous lieu le même jour, et de manière purement gratuite. Or en réalité, les événements se sont déroulés en plusieurs temps, avec d’abord la manifestation pacifique troublée par la mort d’un homme portant le drapeau algérien, puis des actes de violence envers des Européens et enfin la terrible répression que l’on sait. Même si cela n’excuse en rien la réaction disproportionnée de l’armée, passer sous silence la chronologie des faits ressemble à un inutile mensonge par omission.

Et le cinéma dans tout ça ? Le réalisateur semble avoir voulu réaliser une grande fresque historique à l’américaine, avec une mise en scène qui rappelle Michael Man (notamment dans l’action, avec une caméra en perpétuel mouvement) et des fusillades presque hollywoodiennes. Cela donne du rythme et de la tenue au film, contrebalançant les tentations mélodramatiques et les inévitables cordes mélancoliques chaque fois qu’un drame se produit. Porté par un casting toujours excellent, Hors-la- loi ne manque ainsi pas de souffle.

Malgré quelques longueurs, il apporte donc un éclairage captivant sur la dimension française de la guerre d’Algérie, et dresse le portrait sensible de trois hommes pris dans des événements qui ne suffisent pas à les définir. Même Abdelkader, le personnage le plus froid et le plus dogmatique, se révèle en effet plus complexe qu’il n’y paraît. Et si Rachid Bouchareb décortique avec finesse le mécanisme d’embrigadement des foules, il évite de faire du leader politique un illuminé que le pouvoir rend fou.

En revanche, il souligne et dénonce les effets (positifs) que la répression violente a systématiquement sur la popularité des mouvements armés. Une piqûre de rappel pas inutile et même particulièrement d’actualité à une époque où les interventions américaines en Irak et en Afghanistan font plus pour Al-Quaïda que toute propagande politico-religieuse.

MpM



(c) ECRAN NOIR 1996-2017