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Salamandra

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
Argentine / sortie le 21.04.2010


UNE ENFANCE DANS UN MONDE INFINI





Alors que le premier film de Pablo Agüero s'apprête à sortir sur les écrans, comment trouver les mots justes pour convaincre le public de ne pas rater l'expérience sensorielle et onirique qu'il représente ? Il ne faudrait pas embellir faussement le tableau : Salamandra est une oeuvre exigeante et sombre, à l'intrigue éclatée et déconstruite, et à la temporalité floue. Un scénario tout sauf formaté. Un récit évanescent. Des personnages ambivalents. On peut s'ennuyer devant cette succession de scènes, presque des flashes, qui ressemblent (et pour cause) à des souvenirs épars (ceux du jeune réalisateur). On peut fuir. Certains le feront, ne nous voilons pas la face.

Mais heureusement, il y a les autres. Les spectateurs dont la curiosité est suffisamment aiguisée pour ne pas reculer devant l'effort. Et ceux qui sans même savoir pourquoi se laisseront happer par la petite musique qui rythme le film, bien incapables d'expliquer ce qui les a saisi, retourné, bouleversé. Tout ce que l'on a à faire, c'est de faire naître en eux cette envie de cinéma. Leur faire comprendre que Salamandra est une expérience de vie pure : de celles où l'on se contente d'ouvrir les yeux et d'absorber le maximum de réalité en retenant son souffle, sans chercher à lier les morceaux, à s'embarrasser de psychologie, à aller au -delà du ressenti brut. Exactement comme le personnage principal, ce jeune garçon au travers duquel tout est perçu.

Quel besoin a-t-on, après ça, de plus d'explications, ou d'une direction bien claire vers laquelle s'orienter ? Comme Inti, on se laisse porter par cette existence faite de dualité : âpre et belle, joyeuse et terrifiante, initiatique et opaque. Le regard du personnage devient le "kit de survie" du spectateur, qui se raccroche à son double de pellicule pour ne surtout pas faire le voyage seul. Devant cette absence de pathos, cette captation brutale d'une réalité angulaire, peu flatteuse, cette galerie de portraits "monstrueux", on pense à Sharunas Bartas, le chantre de l'Humanité radicale et absolue, et comme devant l'oeuvre du Lituanien, on éprouve un émoi, une empathie radicale pour cette poignée d'hommes et de femmes qui nous apparaissent le temps d'un film tels qu'ils sont : nos précieux et lumineux semblables.

Face à un tel sentiment, on pourrait être écrasé _ ou tout simplement méfiant. Mais il y a tout le reste : une mise en scène sensible, la justesse des acteurs, le regard acéré porté sur ces adultes qui ont refusé de grandir... et bien sûr la relation si ténue qui se tisse entre le fils et sa mère. Loin de tout didactisme, de toute morale à l'emporte-pièce, seules la fulgurante sincérité du propos et son incontestable universalité comptent.

MpM



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