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Visage

Sélection officielle - Compétition
Taiwan


MIROIR(S)





«- La période de brâme ? Mais il est où le cerf ? Il est où dans Paris ?»

Ce film de commande laisse un sentiment de perplexité. S’il est raté, c’est qu’il déçoit. Le démarrage de Visage est pourtant prometteur. Une série de vignettes inspirées, alternant symbolique et onirisme. Hélas, ce procédé s’avère vite limité et produit un ensemble décousu et confus.

Le cinéma de Tsai Ming-liang s’éloigne au fil des séquences, et ne trouve son essence que dans les séquences taiwannaises, un comble pour un fim censé être lié au Musée du Louvre. A Taiwan, nous retrouvons l’incommunicabilité des êtres, le deuil difficile, l’eau, celle qui dérange, comme cette fuite qui devient geyser puis rivière dans l’appartement : autant de thèmes que le cinéaste affectionne et sait partager. A Paris, le film se perd dans un labyrinthe, où un tournage maudit d’un film court après un cerf nommé zizou. Lee Kang-sheng joue ainsi le double de Tsai Ming-liang et Truffaut fait planer son ombre sur tous les autres visages : son ancienne acompagne Fanny Ardant, ses actrices Nathalie Baye et Jeanne Moreau (et son tourbillon de la vie), et bien évidemment Jean-Pierre Léaud, son fils de cinéma. Ici, devenu pathétique et laid, il se nomme Antoine, comme le personnage des 400 coups qui le révéla. Les 400 coups dont la scène finale est revue par Fanny Ardant en feuilletant un flip-flap. La mère et le fils. Et quand elle regarde une belle photo du réalisateur français, elle a ce joli mot : « toi aussi t’es là François.»

Le reste du film est trop inégal. La longue scène où les bois et les miroirs se confondent sous la neige est un pur moment de poésie, prolongé par une chorégraphie kitsch à la chinoise. Un rêve. Laetitia Casta chante et charme, comme elle le fera en espagnol quelques temps plus tard. Elle trouve ici son plus beau personnage dans sa filmographie.

Le film perd de son rythme et les plans deviennent interminables, allongeant chaque scène de manière déraisonnable, torturant ainsi le spectateur. La mort, la tristesse, la dépression prennent le pas sur les furtifs instants de vitalité qui s’insèrent entre des amours infaisables. Les paraboles mythologiques achèvent le cinéphile, qui, abandonné, se résigne à ne plus rien chercher à comprendre.

Regrettable. D’autant que Tsia Ming-liang, cinéaste orfèvre de la sensualité, a offert un moment de grâce avec cette rencontre sauvage et sexuelle dans les buissons des Tuileries, où le coît, interrompu, avait quand même fait monter la sève. C’est ce qu’il manque ici : le plaisir.

vincy



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