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Enter the Void (Soudain le vide)

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 05.05.2010


VERTIGES DE LA MORT





"Attends de mourir, tu vas l'avoir, ton grand trip !"

Il y a deux films dans Soudain le vide. D’abord un court-métrage d’une demie-heure qui est esthétiquement et scénaristiquement parfait. Puis une interminable variation sur ce qui était incontestablement une bonne idée.

Filmée entièrement en caméra subjective (avec clignement des yeux toutes les quelques secondes), la première partie nous immerge totalement dans la tête d’Oscar. Même le son est travaill pour que la voix-off qui figure ses pensées semble être perçue de l’intérieur, exactement comme lorsque l’on s’entend parler. L’expérience est passionnante, surtout lorsqu’elle inclut un voyage hypnotique li  la consommation de drogue. Formes et couleurs se mêlent en bouquets sans cesse renouvelés qui explosent  l’écran comme un feu d’artifice.FIFA Coins On est dans une mystique très forte, largement renforcée par des références multiples au Livre des morts tibétain, un ouvrage qui décrit le parcours effectu par l’âme des défunts.

Lorsque la séquence s’achève par la mort d’Oscar, toujours perçue  travers son regard, on devine que le reste du film va explorer et détailler les théories de ce livre religieux particulièrement pris par le mouvement hippie. Ce que l’on n’imaginait pas, c’est que les deux heures qui restent ne font en réalit rien d’autre que d’illustrer ces théories. L’âme du mort flotte sur la ville et la caméra, en totale libert, vole dans les airs, franchit les immeubles et traverse les murs. Cinématographiquement, c’est un vrai challenge, puisque le parti pris radical de mise en scène exige des plans séquences virtuoses. Des tunnels de lumière offrent les transitions entre les lieux ou les époques. C’est comme si l’on était aux confins de plusieurs temporalités, au point prècis o présent, pass, futur se mêlent  ce qui ne sera jamais. Oscar observe donc la réaction de ses proches face  sa mort puis revit des moments marquants de sa vie. Toujours en caméra subjective, mais sans aucune voix-off, la caméra plane sur Tokyo et joue les témoins omniscients.

Malheureusement, ça devient rapidement répétitif. Un concept ne suffit jamais  faire un bon film, surtout lorsqu’il est pouss  l’extrême. Si Gaspard Noe avait plus  partager que cette expérience il est vrai unique, pourquoi ne pas avoir considérablement réduit son film ? Car au bout d’une demi-douzaine de ces séquences toutes construites sur le même modèle, qui en plus n’apportent pas grand-chose  l’intrigue, le film tourne considérablement  vide. Comme pour justifier la durée, et surtout être fidèle  sa réputation, le réalisateur ajoute quelques touches de provocation gratuite et parfois même des éléments réellement choquants. Ce gros plan sur le fœtus avort était-il réellement nécessaire ? Exactement comme dans Quatre mois, trois semaines, deux jours il y a deux ans, il rappelle dangereusement une certaine propagande anti-avortement. Même chose pour les relents d’homophobie qui se dégagent de sa vision des personnages homosexuels, forcément fourbes et déloyaux, prêts  tous les mauvais coups.

Par contre, les scènes finales (une pénétration filmée de l’intérieur du vagin, puis le moment de la conception) ne sont pas choquantes, elles sont simplement ridicules. D’autant que le spectateur savait depuis le début la manière dont le film allait se terminer et n’avait pas spécialement besoin qu’on lui fasse un dessin ! Ainsi, quelle que soit l’envie que l’on avait de défendre et d’aimer Soudain le vide (qui s’avère par ailleurs un vrai bel objet cinématographique comme on en voit trop peu souvent ), difficile de cautionner ce mélange d’esbroufe et d’auto- complaisance crâne.

MpM



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