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I love you Philip Morris

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
USA


MENTEUR MENTEUR





«- Trève de romantisme, on baise !»

On aurait adoré I Love You Phillip Morris. Mais le film souffre de défauts : Jim Carrey et son script. Le premier, non pas qu’il soit mauvais, loin de là, lui donne une pression incroyable, l’obligeant à être drôle et populaire. Le second ne parvient pas à sortir d’une spirale systématique où les tentatives d’emprisonnement et donc les arnaques du personnages, se répètent sans grand intérêt.
Or I Love You Phillip Morris est un avant tout une comédie dramatique qui empreinte tout au cinéma indépendant américain et rien aux blokcbusters où Jim Carrey s’agite. La première demi-heure fait d’ailleurs espérer une comédie dans la veine de Little Miss Sunshine. Le ton est sarcastique, l’image ironique, et l’on se moque volontiers de l’Amérique profonde. Après la prière Jésus, hop !, on tire un bon coup (en missionnaire). On s’ennivre de lait et de cookies. Aussi l’American Dream implose très vite quand le même mari idéal prend en levrette un beau texan dans une chambre de motel…

De ce postulat («Ma vie était un mensonge depuis longtemps»), les réalisateurs, toujours malins et inspirés, nous font basculer dans un autre monde, celui de Miami et du luxe (« être gay, ça coûte un max »). L’endettement et la capacité de se jouer du système est trop rapidement abordé pour que l’on puisse en faire un film politique. Donc, où veulent-ils en venir ?
Au portrait d’un homme qui loupe ses fuites et déborde d’imagination pour sortir de prison. Cet olibrius capable de se faire nommer directeur financier ou avocat sans diplôme. Impressionnant mais limité. Il s’agit surtout de dépeindre un homme amoureux et menteur, qui n’apprend rien de ses erreurs. Or, c’est là que le scénario ne sait plus où aller, hésitant entre l’histoire d’amour, les arnaques si comiques qu’on en a du mal à les croire réelles, la morale de l’histoire, et surtout le destin de cet homme. Adopté par des parents sans que ses parents lui aient dit, on en arrive à l’explication freudienne un peu facile : il veut absolument se faire aimer et ne plus être abandonné. Au point d’y perdre son identité.

Mais le film est loin d’être raté et séduit aussi par de vraies séquences cocasses et la présence d’Ewan McGregor, alias Phillip Morris. Un tantinet efféminé, blondinet, l’acteur incarne avec crédibilité cet objet du désir. Son jeu subtil contraste fortement avec le registre plus humoristique de son partenaire, bonimenteur et tricheur.
De l’eau de rose dans un monde de brutes ? De la comédie dans un film de prison ? Ce « Prêt à tout » version gay pouvait transgresser tous les genres. Mais la présence de Jim Carrey rend les ébats bien sages et les émotions bien convenues. La mise en scène classique dessert un peu ce divertissement bien foutu.
Heureusement, l’amour pour Morris est réel et l’oblige à se dépasser. Le twist final, pour le coup impossible à anticiper, permet au film de faire oublier une deuxième partie un peu tiède. Et montre jusqu’au bout que l’amour est la seule vérité qu’il faut savoir crier.

vincy



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