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Qui était Ida Dasler?

 

Vincere

Sélection officielle - Compétition
Italie / sortie le 25.11.2009


LOOKING FOR BENITO





"Je défie Dieu. Je lui donne cinq minutes pour me foudroyer…
Le temps est écoulé, Dieu n’existe pas.
"

A mi-chemin entre la fresque historique compacte et le portrait sensible d’une amoureuse transie, Marco Bellocchio s’empare d’un épisode méconnu de l’histoire italienne au fort potentiel mélodramatique, le triste destin de la maîtresse et du fils illégitime de Mussolini, reniés puis persécutés. Alternant scènes de fiction et images d’archives, il suit les relations entre Ida Dalser et le jeune Benito du début du siècle à l’entrée en guerre de 1939.

Dans un premier temps, ces relations sont concrètes et extrêmement charnelles. C’est la partie la moins réussie, qui juxtapose les scènes sexuelles pour signifier la passion qui anime les deux amants. Le style maniéré et grandiloquent du cinéaste s’y exerce, ainsi que des choix douteux en terme d’écriture (on ne comprend pas grand-chose aux allers-retours temporels) et de musique (lyrique, tonitruante, et à la limite du ridicule). Puis vient le moment de la séparation et de l’hystérie, copieusement illustré par des scènes de disputes et de cris. Ida Dalser est écartée et maintenue sous bonne garde, passant pour une folle aux yeux de tous, y compris du spectateur, qui croit diagnostiquer chez elle un syndrome psychiatrique, l’illusion délirante et obsessionnelle d’être aimée alors qu’il n’en est rien.

Enfin, et c’est là que le film prend toute son ampleur, commence la véritable descente aux enfers. Ida est enfermée dans un asile psychiatrique et dépossédée de tous ses biens tandis que son fils est adopté par l’un des plus proches lieutenants de son père biologique. Bellocchio continue ses éclats enflammés mais, en se concentrant sur le combat de son héroïne, bascule dans un cinéma plus intime, plus mesuré. On s’attache à la jeune femme dès lors qu’elle devient une victime non pas de la cruauté d’un homme mais de l’injustice d’un régime. La très belle scène où un médecin moins complaisant que les autres lui conseille de jouer la comédie et de garder pour elle la vérité, en plus d’être d’une grande intensité, marque cette évolution dans le ton du film.

Celui-ci se mue alors en un délicat portrait de femme blessée et, en creux, en témoignage glaçant de l’implacable ascension d’un homme prêt à tout pour atteindre, puis garder le pouvoir. A défaut d’être totalement convaincu par les choix scénaristiques et artistiques du réalisateur, on est conquis par la prestation de Giovanna Mezzogiorno, dont le visage habité et ravagé symbolise à la fois la douleur de l’amour déçu et l’oppression de l’arbitraire. Grâce à elle, le film parvient à atteindre le délicat équilibre entre récit d'un destin personnel et allégorie d'une Histoire universelle.

MpM



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