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Kinatay

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 18.11.2009


JUSQU'EN ENFER





"L’intégrité, une fois perdue, est perdue à jamais."

Comment bascule-t-on dans l’horreur la plus absolue ? Qu’est-ce qui conduit des hommes en apparence normaux à se transformer en monstres barbares ? Le nouveau film de Brillante Mendoza, inspiré en partie de faits réels, révèle que le processus n’a rien de complexe. Son personnage, en l’espace d’une nuit, est initié au pire. Avec effroi, certes, mais de manière si naturelle qu’il donne l’impression de s’être laissé piéger sans beaucoup réagir. En cela, il rejoint le héros d’un autre film présenté à Cannes cette année, Ordinary people du Serbe Vladmiri Perisic, où un jeune soldat est littéralement transformé en machine à tuer. La grande différence entre ces deux histoires d’innocence perdue, c’est que le héros du réalisateur philippin, lui, semble éprouver des remords.

Ici, en effet, on est quasiment dans la tête de Peping, et Brillante Mendoza filme plus ses réactions face à l’action que l’action elle-même. Il évite ainsi le piège d’une trop grande exposition visuelle de la violence. Mais qu’on ne se leurre pas, celle-ci transpire à travers chaque plan, qu’il s’agisse des scènes qui se déroulent dans la maison abandonnée et voient peu à peu le piège se resserrer sur les deux victimes ou de l’hallucinante séquence de la voiture. Dans cette dernière, une semi-obscurité baigne l’intérieur du véhicule où une femme est molestée. On ne voit que quelques morceaux de corps, aléatoirement éclairés par la lumière blafarde des phares ou des réverbères. Tout l’accent est mis sur la bande son qui mêle suppliques, râles et musique à la limite de l’exploration expérimentale. Moins on en voit, plus la tension et l’angoisse montent.

Le découpage et la mise en scène sont à ce moment à leur apogée, d’une sécheresse et d’une brutalité à couper le souffle. Hélas, tout n’est pas de cet acabit. Avant et après, le film souffre de longueurs. Le réalisateur avait à cœur de présenter chaque personnage clef dans son contexte, afin qu’on en ait une vision claire. On suit ainsi le jeune héros le jour de son mariage, puis à l’école de police, afin de comprendre quelles sont ses motivations. Puis en une scène, il campe la personnalité de la jeune femme enlevée par le groupe. Le tout avec une image et surtout un son imparfaits, qui accentuent l’aspect reportage, presque caméra cachée, de l’ensemble. En se noyant dans ce type de fausses pistes légèrement ennuyeuses, le récit perd de son percutant. Toutefois, il y a parfois plus de force dans une œuvre imparfaite qui vous scotche à votre siège que devant un film irréprochable qui ne crée aucune émotion.

MpM



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