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Tetro

Quinzaine des réalisateurs - Ouverture
USA / sortie le 23.12.2009


TEL FRERE, TEL FILS





"Il est comme un génie qui n'aurait pas encore fait ses preuves"

On le sait, Francis Ford Coppola a abandonné le cinéma commercial et Hollywood pour se concentrer sur des projets purement indépendants qu'il produit lui-même. Il n'a pas précisé s'il attendait, de ce fait, que l'on regarde ses nouveaux films avec un regard plus indulgent. Toujours est-il que, quelle que soit l'admiration que l'on porte à la carrière du réalisateur, incontestablement l'un des plus grands de sa génération, cette fois-ci, la magie ne fonctionne pas. On reste relativement impassible devant l'intrigue (la rivalité entre deux frères et les conséquences désastreuses qu'elle a sur leur entourage), le fil du récit (une succession de disputes et de rapprochements entre les deux personnages principaux, menant forcément à une grande révélation finale) et le message de l'ensemble (la famille, c'est compliqué, mais c'est bien).

Ponctuellement, malgré tout, on prend plaisir à une scène (la séquence d'ouverture, notamment, ou la première apparition tonitruante du mystérieux Tetro) ou à un dialogue (l'évocation des souvenirs d'enfance des deux frères, qui excelle à montrer la quête de complicité de l'un et la douleur d'être mis face à ses échecs de l'autre). Le film semble à plusieurs reprises partir dans des directions passionnantes, basculer dans l'espace-temps ou changer brutalement de point de vue. Ce n'est hélas pas réellement le cas, et très vite, l'intrigue ronronne, voire patine. Trop long et peu inspiré, Tetro finit par sembler répétitif (le processus attraction-répulsion, sans parler de la double annonce de ce qui est censé être un coup de théâtre, et qu'en réalité le spectateur a deviné seul depuis un moment), voire indigeste.

Reste l'aspect formel, de loin la plus jolie réussite du film. L'image, un noir et blanc très contrasté d'une beauté envoûtante, flirte par moments avec les effets de l'expressionnisme allemand et donne à l'intrigue un ton atemporel. On a envie de se noyer dans ces plans relativement fixes qui jouent des reflets dans les miroirs et de l'aspect labyrinthique du décor principal. Plus Bennie force l'intimité de son frère, plus les portes de son appartement s'ouvrent sur les pièces suivantes, créant de nouveaux cadres dans le cadre. Mais même cela finit par ressembler à une jolie coquille vide, surannée, et un peu vaine.

MpM



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