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Bright Star

Sélection officielle - Compétition
Australie / sortie le 06.01.2010


L’INSOUTENABLE IMMUABILITE DE L’AMOUR





«- Toutes les femmes me troublent, même ma mère.»

La caméra de Jane Campion aime les femmes. Mieux vaut prévenir ceux qui croient aller voir une biographie filmée du poète romantique anglais John Keats : Keats n’est que l’objet du désir de l’héroïne, Fanny Brawn. Nous sommes dans un de ces mélodrames romantiques en costumes que le cinéma anglo-saxon prise tant. On serait presque tenté d’écrire que Campion a fait un film « à la Jane Austen ». Avec tout ce qu’il faut d’orgueil et de préjugés dans les personnages, de raisons et de sentiments dans les relations.
Cependant, Campion dessine plutôt le Portrait d’une femme (sa comédienne a d’ailleurs une façon de capter la lumière et de jouer qui fait penser à Nicole Kidman, plus jeune), grâce à ses leçons de poésie. On l’aura compris, le film se situe dans la veine des œuvres les plus sensibles, les plus réussies de la cinéaste. Une fois passé la frustration de ne pas en savoir plus sur Keats – admirablement incarné par Ben Wishaw, le spectateur se laisse porter par cette histoire profondément romantique, où l’amour est une utopie sublime, et une souffrance insupportable, où les baisers et le toucher suffisent, quand d’autres auraient déjà consommé le chair. Ici, les deux jeunes tourtereaux se consument de leur passion.

Découpé comme un film moderne, Bright Star enchaîne les scènes, avec une mise en scène en apparence classique. Pourtant, elle laisse le temps aux poèmes de s’exprimer, elle insère par moments des plans silencieux et contemplatifs, où la magie du vent et de la nature sont les seuls mouvements. Campion n’a pas peur d’enrober ce classicisme avec son style, des pointes d’humour par-ci, un personnage secondaire mis en avant par là. Elle illustre son histoire, sans fioritures inutiles, mais avec son propre ton, et cherche, grâce lui en soit rendue, à comprendre comment l’inspiration vînt à Keats, à défaut d’en approfondir son génie. La société de l’époque est littéraire, elle n’hésite donc pas à honoré les mots pour évoquer l’émotion des êtres.
La muse est une source d’amusement. Mais pas seulement. Bright Star est un film où les personnages suffoquent dans leurs conventions encore très misogynes, n’ont pas encore le courage de défier la société, se rendent malades d’amour. C’est aussi un film léger, aérien, spirituel.

Une œuvre qui doit viser le cœur. « Les élans du cœur sont sacrés.» Roman d’apprentissage amoureux, le sentiment qui les a ensorcelés, les privant de liberté, les rendant interdépendants, est bien plus palpable quand ils sont séparés. Tous ces papillons de lumière qui finissent par mourir, comme des vampires au soleil, nous font en effet penser qu’une étoile est bien plus immuable que nos petites existences.
Cela n’empêche pas le final d’être poignant, sans effets, sans musique. Car finalement, involontairement ou pas, Campion nous a fait aimer Keats à la folie ; elle qui aime tant les femmes nous a fait succomber pour un homme.

vincy



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