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Fish Tank

Sélection officielle - Compétition
Royaume Uni


RAGING GIRL





"- J’ai croisé une de tes filles.
- Et tu es encore entier ?!
"

Rarement portrait d’adolescente nous aura autant ému. Complexe et nuancée, Mia est un bloc d’émotions qui ne connait guère d’autre mode de communication que la violence verbale et le défi physique. Lorsqu’on la découvre, elle accumule tous les attributs du vilain petit canard : rejetée par sa meilleure amie, ses voisins, sa propre mère, elle erre sans but, casse la figure de qui la provoque et ne connaît aucune limite. Elle aurait pu être ingrate et insupportable, et pourtant c’est tout le contraire qui se produit. Non pas par un retournement facile de situation, où l’ado rebelle se transforme soudain en joli cygne apprivoisé, mais bien grâce à l’excellent travail d’écriture et de mise en scène d’Andrea Arnold.

Sa caméra, discrète et attentive, capte l’énergie presque solaire de son personnage et la transmet à l’ensemble du film. Le regard qu’elle pose sur la jeune fille (la débutante Katie Jarvis, incroyable) oscille entre neutralité bienveillante et véritable empathie. Elle filme sa violence et les fêlures de sa carapace avec une même intensité, se refusant à la juger ou à tenter d’expliquer son comportement. En filigrane, on perçoit bien sûr un contexte familial, des manques, des blessures secrète, mais cela ne parasite jamais le récit. Au contraire, il se nourrit de ces incapacités à dire "je t'aime", préférant un malhonnête mais plus facile "je te déteste". Tout est compris dans cette séquence magnifique où la mère et les deux filles sont en osmose, dansant toutes les trois, en paix, sans rien dire, avec le sourire.

Car sur ce point que la réalisatrice joue gros : en ancrant l’histoire dans un milieu social très défini (cité ouvrière britannique, famille explosée, accès facile à l'alcool…), elle prend le risque d’être trop didactique, mais également misérabiliste ou au contraire angélique. Pas évident d’éviter le conte de fées (la rédemption) et le mélodrame (la descente aux enfers) tout en jouant avec des situations presque archétypales, à la limite de la banalité. Pourtant, même en s’appuyant sur ces rebondissements dramatiques attendus, on n’est jamais dans le drame, encore moins dans la tragédie. Mia n’est pas un cas d’école, un exemple à décortiquer, encore moins un sujet à aider. Elle reste du début à la fin un individu qui se voit offrir des choix et suit son propre chemin sans notion de déterminisme ou de destin. A la fin, on est heureux de la voir s’envoler pour un avenir pas forcément meilleur, mais qui au moins n'est ni une trahison, ni un renoncement.

MpM



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