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Sale temps pour les pêcheurs

Semaine critique - Films en sélection
Uruguay


RAGING BOULE





« Vous n’avez pas convaincu la petite, vous n’avez pas l’argent et vous n’allez pas gagner… Vous êtes dans de beaux draps, "Prince" ! »

Le procédé est classique : commencer par une séquence tragique et spectaculaire puis remonter le fil des événements ayant conduit au drame inéluctable. A savoir : un combat qui tourne mal et les raisons qui ont amené deux hommes (une ancienne gloire qui se laisse aller et une brute épaisse manipulée par une femme) à se battre aussi violemment.
Image léchée, mise en scène fluide, sens du rythme : sur la forme, le réalisateur uruguayen Álvaro Brechner s’en sort plutôt bien, d’autant qu’il s’agit de son premier long métrage. Hélas, sur le fond, ça se gâte. A cause de la sensation de faux suspense (on connaît déjà la fin de l’histoire), difficile de s’intéresser aux personnages qui, de toute façon, sont à peine esquissés. Le "Prince" est un petit escroc même pas sympathique, le "Champion" manque cruellement de relief et même la fiancée de l’autre lutteur apparaît sous un jour peu flatteur : dure, froide et vénale. Bien sûr, chacun a ses raisons pour agir (que l’on découvre au fur et à mesure) mais malgré tout, on frôle la caricature.

Du coup, on s’ennuie poliment en regardant le piège se refermer inexorablement sur l’imprésario et le champion raté. Avec trop d’évidence, d’ailleurs, pour sembler parfaitement honnête. Il faut se méfier des films qui prétendent commencer par la fin : des fois, les apparences sont trompeuses… Toutefois, même si cela modifie légèrement le schéma, on reste en terrain connu, voire attendu.

Heureusement, on finit par découvrir l’être humain — basique mais attachant — qui se cache derrière l’apparence peu avenante du "Champion". En quelques scènes tardives, on comprend de quoi est fait cet homme qui ne vit que d’espoir et de rage de vaincre. La passion de lutter, et de gagner, est tout ce qui anime encore cet être au bout du rouleau. Le combat final prend alors une dimension toute autre. Il ne s’agit plus d’argent, d’arnaque ou de rêve de pacotille : cela devient une question de survie. Comme une métaphore de ces combats intérieurs que chacun, à un moment ou un autre, doit livrer contre lui-même pour continuer à se regarder dans une glace. Pas de quoi transformer le film en chef d’œuvre, mais suffisant pour le rendre, sinon touchant, du moins efficace.

MpM



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