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Le sel de la mer

Certain Regard
Palestine / sortie le 03.09.2008


LE GOUT DE L’AMER





"Ils ne nous accordent pas le droit au retour, je le prends."

Il est toujours difficile d’aborder l’Histoire récente, surtout lorsqu’elle est aussi problématique et sensible que les origines du conflit isréalo-palestinien, la "Nakba" (catastrophe) qui a conduit à l’exil et au déplacement de centaines de milliers de Palestiniens et à la création de l’état d’Israël. Anne-Marie Jacir s’en sort bien dans la mesure où elle se concentre sur les conséquences actuelles de ces événements, laissant de côté toute idéologie. Ce qu’elle suit, c’est le destin de deux individus pour qui ce passé continue chaque jour à être si présent qu’il influe sur la totalité de leur existence. D’un côté Soraya, dont la famille s’est exilée aux Etats-Unis, et qui pourtant ne peut supporter de ne pas avoir le choix de revenir sur la terre de ses ancêtres. Et de l’autre Emad, qui n’a d’autre envie que de fuir un pays où il ne se sent pas chez lui. Leur rencontre, et le périple qui les mène de Ramallah (capitale officieuse de l’Etat palestinien) à Haïfa (3e ville de l’état israélien), met en lumière le quotidien difficile des Palestiniens (plein de check-points et d’humiliations ordinaires) mais aussi les traumatismes jamais guéris de ce passé indélébile. Tous deux ont une façon opposée de répondre à ces traumatismes : Emad par la fuite, la dissimulation, en un mot le renoncement (plutôt mentir que subir) et Soraya par la revendication, l’acharnement, l’occupation de l’espace (plutôt mourir que de baisser la tête). Fort symboliquement, ils incarnent le double visage d’une Palestine meurtrie et insaisissable qu’il est aussi impossible de quitter que de retrouver, dans laquelle il n’est pas plus facile de jouer le jeu que de se rebeller. Ils font ainsi face à des situations absurdes (l’impossibilité pour Soraya d’obtenir un passeport palestinien) et cruelles (les contrôles incessants, la mauvaise foi de la banque) qui donnent tour à tour envie de rire et de pleurer.

Dommage qu’on s’ennuie ferme, à cause d’un rythme trop mou, d’un montage volontairement vague, construit sur la simple juxtaposition de scènes courtes filmées de manière souvent maniérée, et de péripéties un peu faciles qui tranchent avec la tonalité réaliste et quasi documentaire du film. On sent poindre la tentation du romanesque et de la fiction pure derrière le masque sévère de l’énonciation de faits réels et condamnables. Alors, le film, tout comme sa réalisatrice, ne sait plus sur quel pied danser, et mêle assez maladroitement témoignage choc et sous-intrigues superflues. Heureusement, au milieu de tout cela surnagent quelques scènes qui frappent l’esprit si durablement qu’elles justifient à elles-seules la vision du film. La séquence d’ouverture, par exemple, glace le sang. On y voit Soraya questionnée, soupçonnée, fouillée et pour finir harcelée par le personnel de l’aéroport qui a découvert ses origines palestiniennes. En guise d’explication et de réponse à ses questions, ils ne savent que répéter : "tout ceci est pour votre sécurité". Formule magique qui permet de justifier à peu près n’importe quoi, de préférence le pire, et donne au film une dimension universelle.

MpM



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