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Versailles

Certain Regard
France / sortie le 13.08.2008


SANS TOIT NI POIDS





"Alors toi aussi tu as eu droit à leur projet ? Le contrat d’avenir ?"

Il fallait de l’estomac pour situer son premier film dans l’univers si peu photogénique de la misère et de la détresse sociale. Pierre Schoeller, scénariste notamment du très joli Quand tu descendras du ciel, s’en sort pourtant avec les honneurs, livrant une œuvre qui nous touche sans jouer artificiellement sur la corde sensible. Son intrigue ténue et insaisissable met en effet la réalité sociale au service de ses personnages, et non l’inverse, ce qui évite les stéréotypes, les discours convenus, les bons sentiments et la rédemption facile. Reste le parcours ardu mais sincère d’individus qui essaient de se (re)construire avec les moyens du bord. Là où cela passe pour Nina par une réinsertion presque sacrificielle, le chemin entrepris par Damien est plus chaotique et complexe, nécessitant une réappropriation de la réalité et de son lot de responsabilités. Le petit Enzo fait le lien entre les deux, lui qui est capable de s’adapter à toutes les situations à partir du moment où on l’aime. Comme une passation d’espoir entre deux personnes qui choisissent des voies radicalement opposées pour atteindre un même but.

Mais la plus grande réussite du film reste son ambiance, jamais plombante, où l’on retrouve quelque chose de celle des Bas-fonds d’Akira Kurosawa (d’après Gorki) : une énergie, une soif de vivre qui tranchent avec les conditions d’existence misérables des personnages. Loin de Pierre Schoeller la tentation naïve de glorifier la "joie simple" des précaires ni la "formidable solidarité" qui unit les êtres privés de tout, mais ici comme ailleurs, il y a des fulgurances d’amitié, de complicité et, en un mot, d’humanité, qu’il saisit avec beaucoup de délicatesse. La relation ténue qui se tisse entre Damien et Enzo est notamment très belle. Mais le réalisateur ne néglige pas pour autant son rôle d’observateur forcément indigné. Il décrit aussi, dans de sèches explosions de violence, une réalité brutale et mordante qui ancre le film dans son époque. On retiendra sûrement longtemps la séquence où Damien et Enzo fouillent dans les grosses poubelles d’un supermarché, pleines de marchandises intactes et arrosées d’eau de javel pour que personne ne puisse les prendre. Cela ne dure pas longtemps, mais suffisamment pour s’interroger sur une société qui, dans son incommensurable obsession du profit, protège même ce qu’elle destine à la destruction

La dernière partie du film, sans doute la plus allégorique de toutes, est de loin la moins convaincante. Sorti du tête à tête intense entre Enzo et Damien, Versailles montre des signes d’essoufflement, presque de délitement. Il fallait bien en finir, et sans doute la direction choisie par Pierre Schoeller a-t-elle le mérite de laisser de nombreuses portes ouvertes… pourtant elle n’échappe pas à quelques maladresses scénaristiques et à des facilités qui déçoivent. Cela reste néanmoins une très bonne alternative à la vague de "comédies sociales" plus ou moins réussies que le cinéma français nous inflige ces derniers temps.

MpM



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