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Maradona by Kusturica

Sélection officielle - Séances spéciales
Serbie / sortie le 28.05.2008


IN BED WITH MARADONA





"Si la cocaïne est une drogue, alors je suis un drogué"

Il fallait être Emir Kusturica pour consacrer un documentaire à l’un des footballeurs les plus célèbres du 20e siècle en ne parlant pratiquement que de musique et de politique. Tout commence par un concert (donné par Emir et son groupe, avec Maradona en guest star) et s’achève sur une chanson (chantée par Manu Chao, en l’honneur du célèbre Argentin). Entre les deux, le film s’appesantit non pas sur Maradona, mais sur le réalisateur lui-même, qui se met en scène à chaque plan, monopolise la parole par une voix-off sur-écrite (qu’il ânonne dans un mauvais anglais - pour plaire à l'international ?), ramène tout à ses propres films, cite Jung et Freud d’un ton inspiré, et se lance dans des analyses à l’emporte-pièce de son personnage. De ces quelques pistes, jeux de miroir et parallèles audacieux, on retient des flashes, des images, des morceaux de phrase. Le culte voué par les Argentins au footballeur qu’ils ont érigé en Dieu vivant (la métaphore filée de la religion, ainsi que les rituels de l’Eglise maradonienne, sont impayables). Le regard mi-fanfaron, mi-sincère de Maradona quand il dit : "Ah tout ce que j’aurais pu faire si je ne m’étais pas drogué ! Dans le fond on est passé à côté d’un grand joueur de foot". La vue de l’icône mondiale dans sa piscine de millionnaire en train de vanter les charmes de la révolution cubaine, tandis qu'en voix-off, Kusturica en fait la dernière vraie figure révolutionnaire de notre époque. Et bien sûr le fameux but contre l’Angleterre, en 86, lorsque "la main de Dieu" avait aidé le joueur et à marquer et à entrer dans la légende.

On n’attendait pas de Kusturica un biopic traditionnel retraçant la carrière de son personnage depuis ses débuts et pour cela on n'est pas déçu, tant il s’attache à dresser un portrait kaléidoscopique et volontairement flou de son idole, à grands renforts de clips musicaux et footballistiques, de séquences d’animation potaches, d’interminables scènes de liesse, d’interviews tronquées et d’images éparses. Mais à trop vouloir "faire le tour" de Maradona dans un point de vue intimiste et personnel, il en néglige complètement sa facette la plus éclairante, celle de son rapport au football. C’est d’autant plus frustrant que le joueur s’explique très peu, affichant une certaine complaisance devant la caméra et se livrant très superficiellement. Sans doute lui fallait-il du courage pour avouer à l’écran avoir raté sa vie, mais cela ressemble plus à une ultime bravade qu’à un constat sincère. Kusturica aurait-il été subjugué ? A aucun moment il ne parvient par le montage, la voix-off ou les thèmes abordés à livrer une vérité "non maradonienne" de Maradona. Nous donnant ainsi au moins une information essentielle : le pouvoir d’attraction de l’ancien sportif reste intact.

MpM



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