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Tokyo Sonata

Certain Regard
Japon


FAMILLE DE TOKYO





"Si toute ma vie n’était qu’un rêve et que je me réveillais soudainement, quel bonheur ce serait !"

Ironie du sort, c’est avec une chronique familiale et sociale à la Ozu que Kiyoshi Kurosawa, maître du thriller en panne d’inspiration depuis plusieurs années, trouve enfin un nouveau souffle. Dans Tokyo sonata, il délaisse le surnaturel et l’ultra-symbolique pour ancrer son récit dans la réalité la plus banale qui soit, celle d’une famille confrontée aux difficultés du monde contemporain : chômage, conflit de génération, redistribution des rôles entre hommes et femmes, obsession du profit au détriment de l’humain, etc. Il capte un monde en pleine mutation auquel il donne des accents tantôt burlesques ("les astuces" que s’échangent les sans-emploi pour ne pas révéler qu’ils n’ont plus de travail), tantôt très sombres (aucun espoir de reconversion positive n’est permis). Sous sa caméra, le chômage devient une épidémie mortelle et taboue qui se répand dans la société japonaise sous le regard indifférent des autorités, évoquant immédiatement Kairo, où une autre épidémie (de suicides, cette fois) décimait déjà l’Humanité. Et dans le fond, les deux films ne sont pas si éloignés que ça, dénonçant chacun les dérives d’une société qui cesse de placer l’humain au centre de ses préoccupations.

C’est pourquoi l’espoir d’un renouveau se manifeste-t-il au travers du personnage du jeune garçon qui désire apprendre le piano. Par le biais de l’art et de la musique, ce dernier ouvre comme une troisième voie permettant à la fois d’échapper à la déshumanisation qui l’entoure et de ne pas se raccrocher indéfiniment aux valeurs stériles de réussite sociale et matérielle qui ont perdu la génération précédente. Seule l’acceptation de son "don" permettra à ses parents de réapprendre à évoluer harmonieusement dans une existence dénuée de leurs anciens repères. Mais pour cela, ils doivent traverser toute une série d’épreuves les éveillant à la conscience du Beau et du Nécessaire. A la fin de leur quête, ils comprendront que ce nouveau départ tant souhaité ne passe ni par la fuite, ni par le renoncement, mais au contraire par l’acceptation de leur situation. C’est sans doute la partie la plus confuse du film, celle où Kurosawa essaye de dire trop de choses, passant d’une tonalité burlesque et douce-amère à une farce désespérée et trop longue. Ce qui est en jeu, c’est l’explosion trash de la cellule familiale, devenue tout à coup carcan oppressant et liberticide. Mais alors que le film s’apprête à basculer dans le plus pur mélo, les personnages réalisent que la cause de leurs maux n’était pas là où ils l’imaginaient (le manque d’argent, la routine, l’autorité parentale), mais véritablement en eux-mêmes. La grâce, fragile et ténue, incarnée par une sonate au piano, peut alors s’élever dans les airs pour panser les plaies et reconstruire les liens rompus.

MpM



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