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The Palermo Shooting

Sélection officielle - Compétition
Allemagne


LES AILES DE LA VIE





"Si nous savions quelle est la bonne vie, ce ne serait pas très amusant, si ?"

On ne l’attendait plus, et enfin Wim Wenders, l’un des plus grands cinéastes de sa génération, revient à ce qu’il a toujours su le mieux faire, nous raconter des histoires envoûtantes et étranges où l’intrigue, ou le pourquoi du comment, compte bien moins que l’ambiance qui s’en dégage. Ayant opté pour un tournage sans scénario finalisé (comme au bon vieux temps), il se laisse guider par le personnage et par l’ambiance plutôt que par le récit en lui-même, et invite le spectateur à en faire autant. On s’abandonne donc à cette déambulation hallucinée et à ces rêveries sans fin qui conduisent Finn, le personnage principal, jusque dans les rues de Palerme. La musique (une succession de chansons rock et électro à la beauté fascinante) est parfaitement en phase avec l’état d’esprit cotonneux de Finn, créant autour de lui le cocon isolant et protecteur nécessaire à sa quête initiatique. Elle donne même au film un élan spirituel et une force dramatique qui contrastent avec le désœuvrement inquiet du personnage.

Toutefois, au-delà de la nostalgie et d’une mise en scène virtuose et brillante, tout n’est pas réussi dans ce Palermo shooting qui en décontenancera plus d’un, quand il ne les ennuiera pas profondément. Indéniablement, on peut reprocher au réalisateur de tout oser avec une candeur qui certes lui fait honneur, mais ne sauve pas tout. Certains dialogues ont ainsi une naïveté adolescente qui confine à la niaiserie tandis que toute sa réflexion sur la mort oscille entre la philosophie radicale intellectualisante et le pseudo-mysticisme obscur. Les séquences oniriques (apparitions, effets visuels décalés – plus de deux cent plans retouchés –, renversements de la caméra) frôlent parfois le ridicule, même si elles n’y basculent pas systématiquement. Quant à l’hommage à Bergman (Le 7e sceau) et à Antonioni (Blow up), il est à la fois évident et trop appuyé.

Une attitude volontariste paraît donc indispensable pour percevoir le profond humanisme qui se dégage de cet ensemble disparate. Le symbolisme, notamment, apporte une vraie compréhension au propos de Wenders. Quoi de plus transparent que cet homme venant renaître à Palerme dont le nom signifie le "grand port" ou encore "la mère de tous les ports" ? En quête d’un port d’attache et d’un sens à son existence, Finn trouve sa place dans cette ville pittoresque dont on lui explique que l’âme est à la fois la vie et la mort. C’est seulement ici qu’il sera capable de régler ses comptes avec lui-même (le décès de sa mère, l’angoisse de l’abandon et de la disparition, la remise en question de ses choix de vie) et de profiter de cette seconde chance qui lui est offerte. Le dialogue final avec la Mort (traditionnellement peu présente à l’écran, surtout sous cette forme amicale et presque touchante) offre ainsi un certain nombre de clefs permettant non seulement d’appréhender le film, mais surtout de comprendre où le réalisateur en est de sa réflexion sur le monde. La perspective de la mort comme seul élément susceptible de donner de la valeur à la vie, n’est notamment ni neuve ni originale, mais elle a le mérite d’éclairer intelligemment l’œuvre de Wenders. Même chose pour l’idée d’une mort qui serait présente en chacun de nous, se révélant à chacune de nos petites lâchetés quotidiennes (indifférence aux autres, refus de regarder le malheur en face, incapacité à mériter son existence…). Même s’ils sont imparfaitement traités ou formellement contestables, ces thèmes ne peuvent que trouver leur écho en chaque être humain s’étant déjà posé la question de sa propre finitude .

MpM



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