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Desierto adentro

Semaine critique - Séances spéciales



LE PRISONNIER DU DESERT





"Dieu ne punit pas, il pardonne."

Etonnant conte moral et cynique à la fois qui interroge non pas la manière de vivre avec le poids de la culpabilité mais plutôt l’incapacité à s’en défaire. La culpabilité et son corolaire, la recherche du pardon, deviennent en effet pour Elias, père de famille dévasté par la mort des siens, le seul moteur susceptible de redonner sens à sa vie. Meurtri et au-delà de toute douleur, il ne survit au cours des années que pour achever la construction de l’Eglise censée lui assurer l’absolution divine. Pourtant, il apprendra à ses dépends que pour être effectif, le pardon ne doit pas venir de Dieu mais bien de soi-même. Car tant qu’il ne se sera pas pardonné, acceptant enfin les conséquences de ses erreurs passées, il demeure dans l’incapacité de trouver la paix et donc de reconnaître, ou d’accepter, le pardon divin. Aveuglé par sa propre haine, il se complait dans la théorie de la malédiction, provoquant par son fanatisme obtus la mort de ses enfants, qui, eux, avait été capable les uns après les autres de lui pardonner sa conduite passée (et donc de voir le fameux "signe"). C’est seulement en comprenant qu’un être incapable d’accorder le pardon à ses semblables, et a fortiori à lui-même, vit dans un désert affectif tel qu’aucun salut ne lui est permis, qu’Elias pourra enfin trouver le repos. Quitte à voir balayé tout ce en quoi il avait cru, et qui lui avait sauvé la vie.

Avec un mélange d’ultra-réalisme et de fantastique mystique (notamment dans les passages en animation, inspirés de l’art ancien des icônes saintes), Rodrigo Plá démontre que l’Homme est encore le mieux placé pour juger les affaires humaines et qu’au final, c’est à lui de décider qui sera sauvé et qui ne le sera pas. On sent dans son propos une violence sèche, une âpreté mêlée de cynisme (notamment dans le découpage et le choix des titres de chapitre) qui intiment aux Hommes de prendre enfin leur destin en mains au lieu de systématiquement se reposer sur des instances supérieures, quel que soit le nom qu’on leur donne (le hasard, la destinée, Dieu…). Puisque, mal comprise, la foi la plus servile conduit nécessairement à la tragédie, l’heure n’est plus ni à la soumission, ni aux lamentations, mais bien à l’exercice de son libre arbitre.

MpM



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