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Delta

Sélection officielle - Compétition
Hongrie


LA VIE PAYSANNE





«On a fait un détour à cause de vous »

Le cinéma hongrois peine à surprendre. Le film de Kornel Mundruczo, entre un Bela Tarr en couleur et un György Palfi plus classique, se complait dans une plastique époustouflante, une musique insidieusement envoutante et une technique, héritée d’un certain cinéma est-européen, vampirisant la narration.
Delta souffre de ce perfectionnisme qui s’allie mal avec une allégorie déjà vue et une histoire bancale où seule la comédienne a un personnage à défendre. Ce retour impossible au Paradis perdu, teinté de rousseauisme facile, ce désir de retrouver l’innocence portent un scénario prévisible. S’isoler du monde pour être libre, hors de toute morale, de tout tabou, préserver l’amour et être en communion avec la nature : le film plante ce décor idyllique dans des eaux vaseuses. L’homme et la nature, vieux fantasme, qui hélas s’accompagne du retour à la sauvagerie. Et d’ailleurs, dans ce monde où une tortue, de l’eau de vie, un gobelet en argent deviennent autant d’accessoires que d’objets transitionnels, la barbarie n’est pas loin : jalousie, possessivité, jugement moral, tout y passe pour justifier qu’une communauté, microsociété, détruise le bonheur de ce couple frère et sœur. Du viol (avec du sperme qui coule sur la cuisse) au meurtre (avec des mots violents et agressifs), le cinéaste réfléchit parfaitement à chacun de ses plans, conscient du sens de la métaphore et de la force des images. Philosophiquement, le propos est compréhensible. Mais ce drame ne nous touchera que lorsqu’il deviendra tragique.
Tout le reste du temps, nous semblons indifférents à ce trop beau film. Car il nous reste cependant des plans éblouissants d’un delta du Danube lumineux, avec cette eau sensuelle et onduleuse, ce drap blanc lavé dans l’eau la nuit, ces barques allant à l’enterrement, cette foudre qui scie le ciel orageux ou encore cette maison sur pilotis inachevée et fascinante. C’est beau, c’est lent, mais surtout, irréversiblement vide et pessimiste. Où les abrutis incultes qu’il dépeint l’emportent sur la liberté utopique du frère et de la sœur. Un cinéma qui finalement sied très mal aux pauvres pécheurs de son film, une œuvre trop belle pour son sujet, et donc décalée.

vincy



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