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Vicky Cristina Barcelona

Sélection officielle - Hors compétition
USA


AMOURS ET DESAMOURS





"- Qui va faire l’amour exactement ?
- Nous trois, j’espère !
"

L’opus annuel de Woody Allen se présente comme un retour réussi à la comédie virevoltante qui a fait sa réputation. Point d’étude sociale ni de tragédie antique dans Vicky Cristina Barcelona, mais une réflexion pétillante et drôle sur ce qui préoccupe les jeunes filles d’aujourd’hui : la quête de la relation sentimentale idéale. Comme sujet d’études, deux héroïnes aux caractères opposés : d’un côté la brune Vicky, sage et posée, engagée dans une relation sérieuse et sans surprises, de l’autre la blonde Cristina, névrosée et insatisfaite chronique, qui est très exigeante envers les hommes mais sans savoir exactement ce qu’elle veut. Soit deux personnages archétypaux qui donnent au film de faux airs de parabole ou de conte pour adultes relaté par un narrateur omniscient qui, en voix-off, résume la situation à chaque étape du film, donne des indications d’ordre psychologique et commente l’action en cours. Le procédé est un peu artificiel, indubitablement suremployé, mais réussit toutefois à ne pas parasiter le plaisir du spectateur. Mieux, il contribue en partie au rythme enlevé du récit en rendant inutiles les scènes de transition ou d’exposition.

Barcelone, qu’il filme pour la première fois après trois escales par la Grande Bretagne (une partie du dialogue a même lieu en espagnol, ce qui est une première) semble avoir notablement influencé Woody Allen, qui donne à son intrigue une tonalité assez latine, presque sensuelle. Les corps sont mis en valeur, doucement chauffés par le soleil catalan, le sexe est joyeux et décomplexé et un simple air de guitare vous met au bord des larmes. Preuve de la capacité de Allen à capter la modernité, ses personnages masculins ne font pas de détour pour parvenir à leurs fins, les jeunes femmes sont loin d’être des oies blanches et toutes les expériences sont bonnes à prendre. Il s’agit pour chacun de réinventer les modes de vie amoureux quitte à s’essayer à l’homosexualité ou au couple à trois. Le cinéaste explore ces différentes pistes avec naturel et légèreté, mais surtout avec une gourmandise qui confirme sa grande forme. Décidément, il a enfin trouvé la matière nécessaire pour se renouveler ! Cette troisième collaboration avec Scarlett Johansson n’y est peut-être pas étrangère, tant on a l’impression de voir dans la jeune actrice une sorte de double féminin du réalisateur. Même débit de mitraillette, même jeu névrotique, elle permet au Woody Allen acteur de s’effacer tout en donnant une vraie fraîcheur à ses personnages. Face à elle, le reste du casting est à l’unisson, notamment Rebecca Hall, troublante et délicate, et Penélope Cruz, irrésistible en femme passionnée et incontrôlable.

L’optimisme, toutefois, n’est pas franchement de rigueur. Le film a beau déborder d’humour et d’énergie, son constat reste en demi-teinte. Refusant de donner une réponse toute faite au questionnement de ses héroïnes, le réalisateur dépeint une société qui broie ceux qui tentent de sortir du rôle qui leur est assigné (être en quête d’une relation sentimentale vraiment satisfaisante revient à chercher encore et encore sans jamais trouver la paix) et enferme les autres dans des stéréotypes étroits et asphyxiant (l’épouse modèle mais malheureuse). La vraie solution, semble-t-il dire, reste tout simplement à inventer. Avec une bonne dose d’humour, de préférence.

MpM



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