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La sangre brota (Blood appears)

Semaine critique - Films en sélection
Argentine


LE SANG DE LA FAMILLE





"- Tu pars quand ?
- Ce soir.
"

Le sang annoncé par le titre est-il celui qui maculera, à la fin du film, le visage de l’un des personnages, ou bien celui qui coule dans les veines de cette famille étrange dont on ne saurait dire s’ils sont terrifiants ou bien pathétiques ? La mère joue au bridge, on voit tout de suite que c’est la seule chose qui l’intéresse. Quitte à laisser sans réponse l’appel à l’aide de son fils aîné, exilé aux Etats-Unis. Le cadet est un adolescent maniéré qui fonctionne à l’extasie et rêve de se faire la belle. Il occupe une partie de son temps libre à tenter de séduire une drôle de gamine squelettique et peu vêtue au visage de madone. Quant au père, Arturo, il a l’air perpétuellement absent, qu’il s’agisse d’écouter les menaces voilées de sa femme ou le charabia vaguement new age de sa maîtresse. Plus belle trouvaille du film, en avoir fait un chauffeur de taxi, qui est l’observateur par excellence. Bien qu’en perpétuel mouvement, il ne choisit jamais où il va mais tourne au contraire en rond dans une fuite en avant dépourvue de sens. Spectateur qui regarde passivement les autres vivre, s’aimer ou se battre. Mais c’est connu, observer donne envie de participer. Arturo se met alors en tête de devenir acteur de son existence. De retrouver un peu de dignité, et, on le devine, d’exorciser de vieux démons.

Malheureusement pour lui, on ne parvient pas vraiment à s’intéresser à sa quête. La faute en revient principalement à un récit dilué qui n’a jamais le temps de s’installer, morcelé qu’il est entre plusieurs personnages, plusieurs enjeux, plusieurs intrigues secondaires. A notre tour de devenir les spectateurs d’événements épars et sans liens apparents qui parasitent l’intrigue. Reste l’ambiance, glauque et sinistre, confinant parfois à une certaine cruauté. La violence latente, surtout, implicite, sourde, toujours sur le point d’exploser, a quelque chose d’à la fois fascinant et irrationnel. Pourtant, au lieu d’en exploiter l’aspect le plus inquiétant, Pablo Fendrik la surexpose (le fameux sang du titre, filmé sous tous les angles) et la réduit à une banale histoire de trop plein et de lassitude. La dernière partie du film fait ainsi l’effet d’une mauvaise blague, à mi-chemin entre le grand guignol et la farce outrancière.

MpM



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