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California dreamin'

Certain Regard
Roumanie / sortie le 02.01.2007


US GO HOME





"J'ai attendu longtemps que les Américains viennent nous sauver. Mieux vaut trop tard que jamais."

Personne n'est en mesure de dire ce qu'il serait advenu de California dreamin si son réalisateur n'était pas mort avant d'en avoir achevé le montage. Toutefois, que les louanges aient été plus posthumes que sincères ou non, force est de constater que ce premier long métrage âpre et brutal sort singulièrement de l'ordinaire. Sa force dramatique (un sujet fort traité sans aucune complaisance, voire avec un regard d'autant plus cruel qu'il est distancié) n'efface pas la faiblesse de sa construction (Cristian Nemescu n'aurait-il pas choisi de retailler le film pour lui éviter cet aspect démembré, bancal et maladroitement démonstratif ?), mais lui donne une étrange profondeur. Chez quelqu'un d'autre, cette cohabitation forcée entre soldats américains et villageois roumains aurait pu donner lieu à une compréhension mutuelle, une solidarité, voire un message humaniste d'espoir et d'entente fraternelle. Mais ç'aurait été compter sans le ressentiment énorme dont fait preuve le personnage principal, Doriaru, et que le réalisateur utilise pour dresser un parallèle entre l'intervention américaine au Kosovo et les bombardements incessants que cette même armée à fait subir à la Roumanie durant la seconde guerre mondiale, sans jamais être en mesure de venir délivrer le pays de ses chaînes, notamment communistes. On comprend que pour les générations d'après-guerre, les Américains ne jouissent pas de la même réputation qu'auprès des plus jeunes... D'ailleurs ceux-ci se comportent comme des conquérants, presque comme des colons (notamment auprès des filles), et mettent hypocritement en avant leur mission de paix.

Ce que le film révèle, ce sont donc les félures et le fossé entre les êtres, ainsi que cet incroyable sentiment de solitude qui étreint chacun des personnages (du chef de gare traumatisé par son passé à la jeune fille avide d'une vie meilleure à tout prix, en passant par le capitaine américain accro aux ordres). Cette rencontre inopinée met finalement au jour une tristesse infinie de part et d'autre, ce qui conduit inmanquablement à une exacerbation progressive des tensions. Les Américains, finalement, font office d'étincelle mettant le feu aux poudres. Et contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, le rapport de forces ne tourne pas à l'affrontement culturel entre villageois et soldats mais bien à la guerre civile strictement roumano-roumaine. Preuve que Nemescu observe d'un regard cynique et critique les rouages de la société qu'il décrit (mêlant joyeusement corruption, bureaucratie, pauvreté, bêtise et violence) et nous la montre telle quelle. Ses personnages, comme le film lui-même, sont de toute façon dépourvus de la moindre illusion. Ni les échanges entre les peuples, ni les histoires d'amour, ni bien sûr les conflits armés ne rendent l'Humanité meilleure… D'ailleurs, rien de tout cela ne connaît ne serait-ce qu'une fin heureuse.

MpM



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