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L hermaphordisme
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XXY

Semaine critique - Films en sélection
Argentine / sortie le 26.12.2007


LE POIDS DU CHOIX





Le drame s’avère pesant dès les premiers plans. Un poids indicible qui s’empare de l’atmosphère où même le climat est conflictuel. Impression de bout du monde, où les orages, le vent, le beau temps installent les tempéraments dans une ambiance tantôt tourmentée tantôt apaisée. XXY n’est pas gai. A l’instar des anges, il n’a pas de sexe. Car ni féminin, ni masculin, ou plutôt féminin et masculin à la fois, le personnage principal nous emporte dans un trouble qui se répercute sur chacun des autres protagonistes. Le malaise est palpable à l’image. Parce que certains tentent de trop protéger l’hermaphrodite, parce que d’autres refusent cet état de fait, comme ils refusent l’homosexualité, aucune situation n’est claire, aucune pensée n’est vraiment formulée. C’est intériorisé ou extraverti, silencieux et plombé ou exulté et enragé. Comme la sexualité, à la fois désir manifeste et bouillant et gestes brusques instinctifs. Subtil psychologiquement, et surtout parfaitement rendu à l’écran par le choix de scènes sans tapages et efficaces, la réalisation, se complait regrettablement dans une forme de torpeur dépressive qui l’empêche de choisir entre l’âpreté sauvage et la tristesse mélancolique.
La force du film réside sans doute dans son propos universel, dépassant le problème initial du choix sexuel (et organiquement, génétiquement identifiable). Le sexe n’est pas un tabou car il n’est pas le cœur du sujet. Il en est le prétexte. L’élément qui déclenche les comportements anormaux des autres, qui fait de cette adolescente un rôle singulier dans le cinéma. Mais au-delà de l’indécision de cette « victime » de la nature, XXY parle surtout des parents, des adultes. De leurs erreurs qui créent nos névroses permanentes. Car il s’agit non seulement d’un film sur la perte de l’innocence, de cette enfance qui mue vers le monde des adultes. Mais surtout, XXY traite de la peur. Quand on comprend trop tard que les adultes sont irresponsables ou qu’ils n’ont pas réponses aux questions de leurs progénitures, et notamment leur identité, leur individualité, leur future indépendance. Les parents finalement les laissent à eux-mêmes. Et les enfants auront cette pression sur les épaules. Même si il/elle veut que tout reste comme avant. C’est impossible, nous évoluons,irréméidablement. XXY raconte comment nous passons à côté bonheur parce que nous sommes bridés par ceux qui l’on perdu. Mais jamais le film ne se libère. Il reste face à un dilemme irrésolvable. Et c’est sans doute là toute sa force cinématographique, morale, psychologique.

v.



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