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Le Temps du loup

Sélection officielle - Hors compétition
Autriche


LE TEMPS DES BÊTISES





C’est de ma faute ! Quelle idée d’être copain avec un chien sauvage …

Haneke est pessimiste sur l’avenir de notre civilisation. Il n’est en tout cas pas le seul à s’inquiéter de la tournure que prennent les événements autour de lui cette année sur la Croisette. Son film commence par une scène typique de son cinéma ; l’étranger dans la maison, qui brise la quiétude du familier. Un peu comme si le réalisateur souhaitait signer d’entrée sa nouvelle œuvre, en recyclant ses propres références pour orienter le spectateur vers ce qu’il souhaite développer. La filiation entendue, la suite n’est qu’attendue avec plus de curiosité.
Il apparaît alors que le drame du récit se noue à une échelle bien supérieure au simple fait divers de départ (le meurtre d’un père de famille interprété fugitivement par Daniel Duval), puisqu’il s’inscrit dans le cours d’une véritable apocalypse, dont les causes resteront par ailleurs obstinément occultées. Avec cette lente plongée crépusculaire dans le chaos, Haneke ne tournera bien sur pas un film catastrophe de plus. Loin du spectaculaire et plus proche du dépouillement aride, il se livre à son exercice favoris d’observation des tourments de l’humain dans la société moderne, mise ici radicalement au pied du mur, puisque totalement coupée de son ordre protocolaire habituel. Ses personnages errent dans la désolation, s’agrippant aux derniers lambeaux de leur éducation et, survie oblige, se confrontent à une nature beaucoup plus primaire. Logiquement, plus le temps s’écoule, plus le processus de désagrégement se poursuit, mais plus le film s’étire aussi et perd de l’intérêt… hélas.
Un sentiment d’étonnement s’installe, celui de contempler des protagonistes fantômes d’œuvres passées d’Haneke (on retrouve même dans la galerie les gens du voyage de Code Inconnu…) puis se transforme en frustration. Le casting est de première classe (Huppert, Dalle, Hartner, Gourmet, Chéreau…), mais remarquablement sous employé. Le réalisateur s’est t-il retrouvé piégé, acceptant de bonne grâce les sollicitations dues à son nouveau statut de directeur d’acteur avec qui il faut travailler Absolument ? Ou faudrait-il voir dans cette abstraction des capacités de ses artistes, un simple parti pris destiné à souligner la dissolution généralisée inhérente à la thématique principale du Temps du loup ? Le fait de se poser la question et que le long métrage ne soit pas en mesure d’apporter une réponse franche est un mauvais présage et s’additionne à une longue liste d’incertitudes qui n’élèvent pas très haut la narration du film.
Cette œuvre que Michael Haneke semble avoir voulu positionner comme l’aboutissement d’une bonne décennie de cinéma, se résume à une mauvaise déception. Visiblement peu convaincu du bon déroulement de son entreprise de décrépitude, le metteur en scène finit maladroitement pas se résigner à un happy end dispensable qui ne fait que mettre un peu plus en valeur son manque de foi dans son anticipation pessimiste, comme s’il avait perdu quelque chose en route, comme s’il était déjà ailleurs…

(PETSSSsss)

PETSSSsss



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