39-98 | 99 | 00 | 01 | 02 | 03 | 04 | 05 | 06 | 07 | 08 | 09 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19


 
 
Choix du public :  
 
Nombre de votes : 22
 












 
Partager    twitter



festival-cannes.com

 

La forêt de Mogari (Mogari no mori)

Sélection officielle - Compétition
Japon / sortie le 31.10.2007


PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS





"L’eau qui coule sans cesse ne revient jamais à la source."

Mogari désigne la période consacrée au deuil ou encore le lieu du deuil. Et en effet, les personnages du film ont tous quelque chose à avoir avec la mort. Qu’il s’agisse de Machiko, souffrant de la perte de son jeune fils disparu dans des conditions que l’on devine tragiques ou de Shigeki, son patient favori, qui pleure encore le décès de sa femme, mais également des autres pensionnaires de la maison de retraite qui tous se trouvent à la frontière entre vie et mort. Chacun s’interroge donc : "est-ce que je suis vivant ?", demande l’un. "Pourquoi je vis, moi ?", demande l’autre. Machiko, elle, évolue dans l’existence comme si elle n’en faisait déjà plus partie. Effacée et discrète, elle ne cesse de s’excuser auprès des autres, à défaut de parvenir à se pardonner elle-même.

La "forêt de Mogari" devient alors une métaphore poétique pour évoquer le travail de deuil que doivent accomplir ces deux êtres blessés, en l’occurrence un douloureux périple allégorique dans une nature sublimée mais sauvage. Dans ce lieu clos et périlleux, Machiko et Shigeki découvrent en même temps qu’ils sont parfaitement vivants et qu’en plus ils tiennent encore à la vie. Leur promenade inoffensive se transforme ainsi en combat acharné pour la survie à tout prix.

Naomi Kawase construit une histoire sensible et attachante qui aborde avec humour et légèreté le poids de notre mortalité. Il y a dans son film des éclats de beauté et des fulgurances de poésie. Un plan sur des arbres à perte de vue, une partie de cache-cache dans une sorte de labyrinthe de verdure, un torrent furieux qui charrie des troncs d’arbres… Certaines images sont tout simplement sublimes. Mais à quoi bon tant d’élégance si c’est pour la gâcher maladroitement par une absence totale de rythme et une lenteur déconcertante ? On voudrait aimer ces personnages, et l’on ne peut qu’assister en baillant à leurs efforts pour échapper aux éléments déchaînés. Du coup, la tension et l’émotion qui étaient latentes dans la première partie n’aboutissent jamais. L’ennui, pire ennemi du cinéma contemplatif, fait une entrée triomphale bien avant que le film ne se soit décidé à livrer ses secrets.

MpM



(c) ECRAN NOIR 1996-2024