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Sélection officielle - Compétition
Serbie


LE PETIT-FILS EST EN VOYAGE D’AFFAIRES





«- Quand Trifun et Zivejin buvaient, toute la Serbie était à sec.»

Emir Kusturica, comme souvent les grands cinéastes très marqués par leur style, nous offre généreusement son film le plus grand public. Un divertissement qui sort l’artillerie lourde, au scénario presque hollywoodien, où le burlesque et le délire tire les deux tiers du film vers la comédie loufoque, la farce philanthropique, le rire enfantin. Les gags sont bons pour installer ce film proche de l’humour des Nuls (le chat éjecté pour saisir les saucisses). Cette fable (happy ending compris) où l’on danse, sautille, chante, rit, avec des timbrés et des fêlés, ressemble à une BD. Une sorte de Tintin dont le minou est noir et blanc. Kusturica reprend ses vieilles antiennes : la bureaucratie, ridiculisée et méprisée, les voyous décadents et friqués, Bruxelles est vue comme une destination idéale de voyages de noces. Ici la « 2e Guerre mondiale n’est pas finie. »
Sur la forme, les femmes ont des poitrines opulentes, les animaux sont des objets de désir, les personnages ont davantage d’allures que de psychologies. Le trait est forcé, pour ne pas dire exagéré et excessif, mais ce film détraqué est créatif et ingénieux. Ce voyage initiatique qui s’accompagne d’une perte de l’innocence. On est en perpétuelle lévitation avec ces merveilleux fous volants. Rien qu’on ne sache déjà dans l’oeuvre de Kusturica, mais, contrairement à La vie est un miracle, la fantaisie procure un vrai plaisir. Son optimisme résolu, teinté d’un réalisme plus pessimiste (ou lucide, selon), a des effets euphorisants. Il croit encore à la vertu des jolies histoires et du ludique.
Cependant, lorsque pour la énième fois, les méchants et les gentils s’affrontent chez la tante, on sent la lassitude nous gagner. Un duel - où l’action remplace l’humour, où les mots disparaissent au profit des bruits des armes – de trop où la machine s’enraye, déraille un peu et tourne à vide. Si le final s’annonce exubérant comme on s’y attend, et même moralement correct, il ne nous livre plus aucun cadeau, ne révèle aucun secret. Les pantins sont animés par l’idée de mettre fin à leur aventure. Après tant de combats et de surenchères, le film s’avère presque indigeste. Nous étions rassasiés de tant de bonheur et de spectacle. Et Kusturica veut encore nous gaver, assez lourdement, avec des artifices parfois grossiers et une dérision qui perd de sa subtilité. Restera la vitalité et la beauté des comédiens pour nous laisser un sourire dans la tête.

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