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le plus récent film du réalisateur, Vagues invisibles

 

Ploï (Ploy)

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
Thaïlande


UN COUPLE PARFAIT





« - Il y a un voleur dans cette chambre
- Quelque chose a disparu ?
- Tu aimes bien cette fille, hein ?
»

Parfois l’excès de style peut nuire. On le voit dans les récentes œuvres de nos cinéastes esthètes favoris. Entre répétition et lassitude, ennui et faiblesses dans la narration, les films, à l’instar de Ploy, sombrent dans une forme de complaisance à l’égard de leur formalisme. Trop glacées, ces très belles photos qui se juxtaposent étouffent ce huis-clos pyscho-sentimental et empêchent les personnages d’y respirer. Quand l’un d’eux affirme que « le désir n’est pas une chose qui se commande », on veut bien le croire tant le spectateur ne parvient pas à être stimulé par cette énième version de Lost in Translation. Même la jalousie laisse de marbre. Ce combat entre un porno débandant et un érotisme délicat est hélas inégal tant le premier est esquissé et le second très étudié : une culotte que l’on glisse, une peau que l’on caresse… On devinerait même le cunnilingus quand la fellation est à peine exhibée. Cette préciosité nous endort et nous ferait passer à côté de Thanatos quand on n’espère plus rien d’Eros. Ce meurtre soudain agit comme un déclic et réveille le film. Les rêves s’y croisent, enter le fantasme érotique et le crime réel. Il nous perd autant qu’il nous trouble. D’ailleurs ce crime est-il si réel, cet acte sexuel est-il si rêvé ? Candide ou magnifié, l’acte n’a que l’importance de son symbolisme, et n’évoque rien d’autre que son illustration onirique…
Hélas, au passage, Pen-Ek Ratanaruang, dont on avait adoré les premiers films, a perdu son innocence, ses couleurs et nous séduit moins avec cette histoire de cauchemar comateux. Son théorème du couple apparaît fumeux. «- Plus la dispute est absurde, plus on a l’impression d’être proche. - Vous devriez faire des câlins c’est plus simple. » Sa deuxième partie de film est, heureusement, plus réussie. En sortant de sa chambre d’hôtel, certes le contraste est violent, mais le cadre s’enrichit de personnages « libérés ». Si le final s’enchante autour d’une chanson d’amour aussi doucereuse qu’improbable, le film se conclue surtout sur un échec : celui de ne pas avoir réussi la symbiose entre ses deux parties, mais surtout, pire, celui de ne pas répondre à son sujet : que faire pour attiser le désir ? Faut-il dynamiser le réel, impulser des nouvelles sensations, ou au contraire s’enfermer dans des fantasmes et des illusions ? Ploy n’a sur faire ni l’un ni l’autre, lui-même pas convaincu de ses propres hypothèses fictives.

v.



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