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Paranoid Park

Sélection officielle - Compétition
USA


L’ANGE DECHU





- On skate ensemble ! C’est la honte ta planche de péd� !

Le jeune homme est triste. Seul. Les images qu’il perçoit sont déformées ou floues ou ralenties, les sons comme des musiques sensorielles - opéra, rock, techno. Il est hors du temps, de ce réel insipide. Les autres ? Il les croise plus qu’il ne leur parle. Il n’a personne � qui se confier. Il doit se laver du crime sans l’aide de quiconque. Il doit se débarrasser d’une hantise, une bêtise, par ses propres moyens.
En parvenant � faire la jonction entre ses cinémas d’avant, Gus Van Sant dresse un beau portrait d’adolescent, dans le cadre d’une véritable fiction. L’innocence affronte ainsi la culpabilit�, la pulsion et la raison se diluent, la soumission au destin s’achève par une jolie reprise en main. La fin est d’ailleurs inattendue, ou disons peu convenue. Sans morale, juste un élan spirituel, assez elliptique, aussi séduisant. C’est le crime contre la nature. Un crime contre nature.
Maître des images, du montage et du son, le cinéaste nous livre une belle leçon de cinéma, puisant ses inspirations visuelles et musicales dans un art faisant appel aux sens. Il suffit d’admirer la séquence de la douche, l’eau ruisselante, les cheveux se mouillant progressivement, la peau en clair-obscur. Sublime moment suspendu dans le temps. Il ressent. Et quand il subit, il est absent. C’est l’histoire d’une renaissance, coïncidant avec la fin de son enfance : le divorce de ses parents, le dépucelage presque forc� par son hystérique de bimbo blonde, la découverte des laissés pour compte de Paranoïd Park, o� il se sent � la fois étranger et dans son antre. Il en est encore � se déguiser en adultes, comme par jeu. Mais c’est bien son crime qui va le rendre plus responsable, plus mature. C’est bien une amie, pas forcément gracieuse, qui va lui donner la clef pour résoudre son problème, et non sa copine, profondément égocentrique. Son esprit confus, sa pensée mal formalisée produisent des expressions, des mots, des explications peu intelligibles. Il va pourtant écrire un roman de son expérience� Gus Van Sant aime son personnage, le sauvera jusqu’au bout, lui offrira de belles scènes naturalistes, o� l’herbe caressée par le vent lui redonnera de l’oxygène dans son univers asphyxi�.
Cette épreuve initiatique le transformera. Et le récit décompos�, la défragmentation de la narration, o� l’on revient aux scènes précédentes, o� les allers et retours dans le temps nous refont vivre les événements pour nous les faire comprendre après nous avoir déboussol�, toutes ces césures dans le montage donnent l’impression d’un songe hallucin� ; idée renforcée par la diversit� et la qualit� de la trame sonore.
On passe ainsi des skaters, vertigineux, rapides, défiant l’équilibre, voltigeurs � un monde plus stable, plus pos�, plus repos�. L’ennui fait place � la vie. Le film noir imagin� s’intercale avec le documentaire d’un monde invisible. Au croisement de toutes ces atmosphères, Paranoïd Park trouve le bon chemin pour emmener le spectateur vers une impression d’apaisement, une forme de soulagement o� l’espoir est encore permis, o� la jeunesse n’est pas perdue.

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