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Prix ECRAN NOIR de la découverte cinémusicale 2008

 

Les chansons d'amour

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 23.05.2007


AMOUR DES FEINTES





"- J'ai jamais revendiqu� d'être Juif moi. Je ne sais même pas localiser Tel Aviv sur la carte de la Palestine."

Christophe Honor� mûrit. Sa mise en scène apprivoise de mieux en mieux ses pulsions, sait épouser ses comédiens, et se concentre sur l'histoire plus que sur la forme. Ce cinéma d'impatience, cette caméra du désir, prend ainsi forme dans un mélo musical qui réussit ses ponts, son envol et même son "chant du signe".
Les obstacles étaient pourtant nombreux. Parmi lesquels deux travers du cinéma français. D'abord les références envahissantes : clins d'oeil aux amis (Gaël Morel dans la file du cinoche), générique � la Godard, voisinage avec Eustache, hommages aux Parapluies de Cherbourg (Sagnier en Deneuve, la marée de parapluies � Bastille) de Demy. Mais ces oeillades ne sont pas ostentatoires et font presque figure de jeu cinéphilique. Ensuite les voix : il est notoire que les acteurs français n'ont qu'un filet, et pas de coffre, on les accuse même de ne pas être complets, contrairement � leurs collègues anglo-saxons; L'écueil fut plus difficile � surmonter. Si tous savent chanter, le recherche d'un équilibre entre le parler et le chanter, la réalit� illustrée et l'inconscient exprim� donne une impression a priori bancale, mais artistiquement cohérente. Le film se rapproche du récit chant� plus que du musical de Broadway.
Les chansons d'amour c'est quand des airs légers et des paroles tristes touchent le coeur et révèlent l'indicible. C'est pop, ça craque, ça boume et ça hue. Ce sont des love songs qui donnent des love stories. Ca colore le décor de ce Paris populaire de l'Est parisien (entre Gare de l'Est et Bastille). Ca aurait pu être une déclaration dans un segment de Paris je t'aime. Un Paris de ceux qui se lèvent tôt, de ceux qui se couchent tard, des paresseux et des amoureux. Fragments de grâce o� l'on s'aime, ou pas, on se le dit, ou pas, o� on se l'interdit ou pas. "Du bout de ta langue, nettoie-moi de tout."
Ces transgressions toutes en pudeur, o� le triolisme, l'échangisme, l'homosexualit� cohabitent sans vulgarit�, masquent surtout la quête utopique d'un bonheur parfait (collection L'olivier). Ces drôles d'expériences, ces jeux du je peuvent expliquer l'égoïsme et l'égotisme de chacun. Ils batifolent, ne construisent rien, ne pensent qu'� eux. Ou essaient d'exister � travers l'autre, parce qu'ils n'y arrivent pas seuls. Le film s'inscrit dans ces ambiances tristes et gaies, en solo ou en duo et plus si affinités. Les mélodies sont swingantes, les textes ajustés et très justes. Contrairement � Demy, le réel est plus présent, l'histoire semble moins factice. Mais le drame n'est pas oubli�.
Le cinéaste palm� aimait mettre une pincée de souffrance dans ces plans acidulés. Ici le décès d'une des héroïnes a un effet déclencheur sur le film. Cette fin de première partie permet au film de démarrer pleinement et de faire voguer ses personnages vers des destins plus fascinants. De leurs sentiments naissent nos émotions (� fleur de peau si l'on est fleur bleue), qui nous étreignent. On se laisse emporter. Du deuil nous passons aux errements et enfin � la rencontre. Ismaël et le jeune breton formidable. On entre alors dans les amours du réalisateur : au-del� de la musique d'Alex Beaupain, il y a cette affection pour le lyrisme, le théâtre, la littérature, la divine comédie des humains. Un regard politique sur un Paris métiss�, postéris� d'affiches de Sarkozy. On y revendique l'art comme exigence absolue. "- Qu'est ce que tu fais pour te lever � 7 heures? - Je vais au Lycée. - Les salauds c'est de plus en plus tôt leurs conneries." Le militant LCR est ainsi érig� comme seul espoir d'une résistance encore invisible.
Mais Honor� ne se perd jamais dans les digressions. Focalisés sur sa troupe chorale, il orchestre la partition pour partir d'un couple qui bat de l'aile et arriver � l'éclosion d'un autre, inattendu et gonfl�. Pilier central, Louis Garrel, clown tragique, amant cérébral, oscille entre le jeu décal� et l'autodérision. Toujours dans les pas de Léaud, il laisse son inspiration libérer ses gestes. Il passe avec une facilit� déconcertante du mime joyeux au muet larmoyant. Il est l'homme de ce film conjugu� féminin. Il nous fait croire � son charme, sa beaut�. La caméra épouse sensuellement les corps, mettant la tendresse charnelle au service de la guérison du moral. Honor� ne fait aucune faute de goût. Mieux, il tire les larmes et les sourires quand il le faut, sans trop d'effets, loin des délires fantasques de ses premières oeuvres.
"A l'image" des chansons du film, le propos est universel et le message optimiste. Qu'on soit du Xe arrondissement ou d'ailleurs, hétéro ou homo, fille ou garçon, tout le monde s'y retrouvera. Et comme le demande Garrel � la fin du film : "aime-moi moins mais aime-moi longtemps." Honor� ne veut plus de cette exigence insupportable d'un cinéma trop classique et préfère la spontanéit� d'une caméra enchantée et illusionniste. La perfection impossible laisse désormais place au plaisir. Les chansons d'amour finissent bien en général.

vincy



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