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Les frères Coen
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No Country For Old Men

Sélection officielle - Compétition
USA / sortie le 06.02.2008


POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS





"- Si je ne reviens pas, dis à ma mère que je l’aime.
- Mais ta mère est morte, Llewelyn !
- Alors je lui dirai moi-même…
"

Poursuivant leur exploration du film de genre, les frères Coen proposent une relecture toute personnelle du western traditionnel : sanglant, cynique et désenchanté. A partir du roman de Cormac McCarthy, ils ont construit une trame narrative centrée sur la course poursuite qui oppose le personnage principal, Llewelyn, et les deux hommes qui le cherchent, le tueur psychopathe Chigurh et le shérif Bell. C’est l’occasion de dynamiter quelques codes du genre (on est en 1980, les Indiens sont remplacés par les trafiquants de drogue, le mercenaire solitaire est devenu un fou sanguinaire obsédé par le jeu du pile ou face, le sens de l’honneur a été balayé par la nécessité du profit, etc.) et de réaliser un petit bijou d’humour noir, passablement déjanté, dont une réplique sur deux mériterait de devenir culte.

Les situations, dans l’ensemble, ont en effet un très fort potentiel comique, à l’image de cette scène où le héros, couvert de sang et à moitié mort, reçoit une aubade par des mariachis. Cette inventivité débridée repousse allégrement les limites de l’absurde, limites qui n’auraient de toutes façons pas résistées au personnage de Chigurh, incarné par un Javier Bardem halluciné. Plus il en fait, roulant des yeux et secouant la tête d’un air contrarié, et plus cela fonctionne. A l’unisson, les autres protagonistes sonnent tous justes, s’équilibrant les uns les autres. Seul le négociateur interprété par Woody Harrelson manque de consistance et surtout d’intérêt : éliminé au bout de deux scènes sans vrai morceau de bravoure, on se demande sincèrement ce qu’il est censé apporter à l’intrigue. Une maladresse qui révèle le talon d’Achille de cette adaptation pourtant réussie, à savoir le scénario. Ce dernier manque par moments de maîtrise, notamment lors des scènes finales qui tournent en rond et sont dépourvues de tout ce que l’on aime dans le film (ton, finesse, virtuosité). Certains événements restent également inexpliqués, donnant une impression d’inachevé.

Malgré tout, les Coen ont toujours prouvé qu’ils étaient à l’aise avec le film de genre et ce film-ci ne fait pas exception car il parvient à emporter l’adhésion du public malgré sa violence et son immense noirceur. Jamais on n’avait trouvé dans leur cinéma un tel pessimisme face à l’avenir et, par extension, face à l’humanité. L’amer constat du shérif a des accents à la fois universels et actuels : les années d’efforts passées à se battre pour la justice (chez les Bell, on est shérif de père en fils), n’ont rien changé, rien amélioré, rien empêché.

MpM



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