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festival-cannes.com
bande annonce
Hong Kong passe en Chine
Election 1

 

Election 2

Sélection officielle - Séances spéciales
Chine / sortie le 10.01.2007


LES PARRAINS EN CAMPAGNE





"Le pouvoir doit être partag"

Quand on aborde ce second opus, le choc du premier s'est un peu estomp. On s'est fait  l'idée que les triades hongkongaises élisent démocratiquement leur chef et on est prépar au fait que personne,  part celui qui est élu, n'est jamais satisfait de cette méthode. On croit donc savoir  quoi s'attendre : la lutte  mort entre deux candidats  la fonction suprême. Sauf que Johnnie To est plus malin que cela. Son Election 2 n'est pas un avatar du premier, mais un éclairage différent sur l'éternelle histoire des hommes et du pouvoir.

Car au fond, que racontait Election 1 ? Les mœurs et coutumes des triades hongkongaises, avec leurs procédures presque administratives, leurs manières de régler les différends (par la parole, d'abord, par le sabre ensuite, par un pacte de sang enfin), ou encore leurs jeux de cache-cache avec la police ("suspicion d'appartenir  une triade", et hop, certains personnages passent la quasi totalit du premier volet en prison) et l'influence qu'a le pouvoir sur les hommes (ceux qu'il rend fou, ceux qu'il corrompt, ceux qu'il laisse de glace)... Rien de moins qu'une plongée ethnologique dans un univers souvent fantasm ou réduit au clich, avec une vraie visée universelle.

Avec ce 2e opus, le réalisateur ajoute une dimension historique et sociologique  son propos en introduisant la collusion entre triade et pouvoir, les rapports de la Chine avec Hong Kong et la question de la démocratie. Comme le fait remarquer un responsable de la sécurit intérieure chinoise, les autorités tolérent l'existence des triades,  condition que ce soit dans certaines limites. Et  condition que cela serve leurs propres intérêts, bien sûr. L'élection du délégu général de la "Wo Shing" se double donc d'enjeux éminemment politiques et financiers qui tout en les compliquant, les légitiment et les renforcent. L'état, les financiers, en un mot le système, sont ainsi responsables de la pérennit des triades qui, loin de disparaître, évoluent et s'adaptent aux mutations de la sociét. La dénonciation est facile, mêlée au milieu du reste, mais indéniable. Et nouvelle, tant Johnnie To ne nous avait pas habitu aux films  thèse.

Le simulacre du processus électif

Mais il ne s'arrête pas l. En impliquant la Chine dans les affaires des triades,FIFA 15 Coins il montre également comment les autorités de Pékin entendent étendre leur main mise sur Hong Kong. Ce qui est en jeu, ce n'est rien de moins que l'identit et l'autonomie de la "région administrative spéciale" (c'est le statut officiel de l'ancienne colonnie britannique). Jimmy (Louis Koo, qui passe du gendre idéal au psychopathe terrifiant avec une aisance inouïe) est ainsi représentatif des Hongkongais qui sont incapables de prédire ce que sera l'avenir de leur patrie. De même, il est indécis quant  l'avenir de la triade elle-même. Au fond, il est dépass par la tournure des événements. Tout ce qu'il souhaite est d'exercer tranquillement et légalement son activit commerciale sans se soucier de politique. L'ironie du sort veut que ce soit le personnage qui est le moins intéress par le pouvoir qui devienne le plus enrag  le conquérir et qu'une fois qu'il l'ait obtenu, il ne sache qu'en faire, et rêve de s'en débarrasser.

Johnnie To porte un regard ironique sur le processus électif. Plus encore que dans le premier opus, il en dénonce les rouages peu glorieux (arrangements, intimidation, compromissions et choix par défaut) et la fragilit. L'analogie entre la triade et Hong Kong est trop facile pour ne pas être volontaire. To démontre que le système démocratique, lorsqu'il est impos ex nihilo, ne peut être qu'un simulacre. Puisqu'aucun d'entre eux n'est convaincu du bien fond d'un tel système, ni Lok, ni Jimmy, ni les autres candidats ne se plient  ses règles. La force et l'argent sont les seuls langages qu'ils connaissent et les seuls armes qu'ils ont l'habitude d'utiliser pour parvenir  leur fin. Alors, l'élection étant un prétexte facteur d'instabilit et de heurts, pourquoi ne pas revenir au pouvoir héréditaire ?

Ultra-maîtris et glaçant

Que les fans de Johnnie To, abasourdis de le voir se lancer dans de telles réflexions, ne soient tout de même pas trop inquiets : pour le reste, il n'a pas vraiment chang. La mise en scène est toujours stylisée et précise, mêlant plans  l'élégance étudiée et séquences éblouissantes, comme si chez lui, la caméra se plaçait d'instinct au meilleur endroit possible. La violence, elle aussi, est au rendez-vous, bien plus que dans le premier opus qui laissait un peu sur sa faim niveau action. Ici, toujours pas de gunshots (ça ne se fait pas dans les triades paraît-il), mais quelques combats  l'arme blanche, une jolie scène de boucherie (l'humour noir de To est définitivement irrésistible) et deux ou trois meurtres bien sordides. Ultra-maîtris et glaçant, histoire de rappeler ce que l'humanit peut produire de pire.

Et la loyaut dans tout cela ? On est loin des clichés habituels sur les membres des confréries criminelles indéfectiblement liés entre eux. Autrefois, la règle absolue des triades était : "ne trahis jamais ton frère". Mais comme l'explique le réalisateur, aujourd'hui, c'est plutôt devenu : "le frère qui se trouve sur mon chemin doit mourir". L'allégeance ne dure qu'un temps et les serments sont des rituels pour les naïfs. Les frères se poignardent dans le dos, les fils poussent les pères dans les escaliers et les hommes de main changent de camp au gr du vent. Pas étonnant, car au final, ce qui les attend n'engage guère  la fidèlit : leur chef les manipule et celui du camp adverse menace de les tuer, ou pire, s'ils ne le rejoignent pas. Charmante peinture de l'éternelle comédie humaine !

Alors quoi, aucun espoir chez Johnnie To ? Le rus réalisateur laisse bien filer quelques pistes, histoire de se ménager une ou deux portes de sortie, mais rien qui engage vraiment  l'optimisme. Même les enfants  naître sont déj chargés d'un fardeau trop lourds pour eux. Si ce Parrain  la hongkongaise s'offre un jour un troisième volet, sûr qu'il y sera beaucoup question de vengeance, de soif du pouvoir et de destins contrariés. L'étoffe dont sont faites les plus grandes tragédies.

MpM



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