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Bamako

Sélection officielle - Hors compétition
Mali, France / sortie le 18.10.06


LA COULEUR DU SILENCE





« Le visage des gens qui parlent ça ne m'intéresse pas. Il n'y a pas de vérité. Je préfère les morts, c'est plus vrai. Rien ne vaut la mort. »

L’avenir d’une illusion. Celle de la justice, celle des débats ouverts à la table des grands bourreaux de ce monde. Coups de poings contre la banque mondiale, le FMI, le G8… Ou comment l’Afrique s’est laissée gruger en cédant une à une chacune de ses richesses ? Comment nombre de ses instances ont été et continuent d’être complice d’une hécatombe programmée ? Economie, politiques sociales, santé, éducation, développement, immigration, hypocrisie des pays du Nord : authentiques témoins, avocats et magistrats s’attaqueront ici à des plaies béantes. De brûlants témoignages, plaidoyers et contre-interrogatoires à très juste titre dénués de tous discours passionnels.

Docu fiction usant de ces tant rares que précises forces de frappe, Bamako est une remarquable parabole politique qui, l’air de rien, usant du mariage des genres, portera à son paroxysme l’utopie d’une accessible prise de conscience. Quoi de plus chimérique que tel procès ! Et quoi de plus réaliste que ce verdict que l’on ne connaîtra jamais.

Dans sa ligne de mire : cette assassine dette africaine, vicieuse et indélébile ardoise dont le vrai prix à payer - celui de la vie – ne se substituera jamais aux billets verts. Et, naturellement, la mondialisation, gangrène d’un âge que l’on crut d’or ; celui d’une Afrique terre des colons. Une mondialisation inexorablement inhumaine, a fortiori déshumanisante. Cqfd. Militants et détracteurs feront d’ici même jaillir leurs éclatantes dialectiques à mesure que se joueront ses scènes de la vie ordinaire dans cette même cour et au-delà des mégaphones sans intimes résonances. Un couple égaré qui bat de l’aile, leur enfant, une futur séparation dans exil ; un voisin alité, la mort, l’attente, ce quotidien qui échappe à toute logique. Et, invariablement, ces justes échos que produit toujours le silence qu’il soit ici tantôt banalisé ou tantôt mis en abîme, cause première même ou conséquence du fléau. Entre autre empirisme, dommages et disjonctions communes (condition de la femme, violences, politiques de l’immigration), Abderrahmane Sissako ira jusqu’à reprendre ces sacro-saints codes du grand écran septentrional, aujourd’hui délicieusement fossilisés, intégrant à son manifeste une séquence de western spaghetti à blacks cow-boys. De mythiques faiseurs de gloires qui auront vendu leur âme au diable pour nulle poignée de dollars qui puisse servir l’intérêt général, si tant est que ce fut un jour possible. Histoire d’entretenir la politique de la terreur pour mieux convaincre les autochtones de se protéger derrière leurs portes et fenêtres closes.

Reste qu’avec ce film, nous ne pourrons plus jamais ignorer ce fait : de ses enfants à ses aïeuls et en chacune de ses terres, l’Afrique sait. L’Afrique a tout compris. Ses mures réflexions et justes voix n’ont plus qu’à se faire entendre. Beaucoup écouteront et comprendront à leur tour. Bamako, chronique d’une utopie ? Assurément. Une utopie qui permettrait d’instiguer cet indispensable premier pas pour faire connaître l’autre vérité. Celle qui donnera authentique matière à réflexion pour tout reconstruire. Cela se passe ici et maintenant puisque, avant toute choses : il est encore temps.

Sabrina



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