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Anche libero va bene

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
Italie


WE ARE FAMILY
"Tu n'es pas mon fils."
Pas facile de grandir. Surtout avec une mère fugueuse chronique, un pèe fébrile et maladroit, une soeur qui manque de tact. Tommy a onze ans et ne laisserait personne dire que c'est le plus bel âge de la vie. A l'école, on lui colle un muet comme voisin de table, alors il se replie sur lui-même. Il avoue sa flamme à une fille, et tout le monde se moque de lui. A la maison, son père le traite en permanence de trouillard, sa soeur l'accuse d'être radin. Et comble du comble : le voilà contraint à devenir nageur, alors qu'il rêve de jouer au foot.
Certains réalisateurs craindraient de forcer le trait, Kim Rossi Stuart, pour son premier film, n'hésite pas. C'est cette histoire, avec ses drames minuscules et ses rebondissements de mélo, qu'il a envie de raconter. Peu importent les risques lacrymaux et le sentimentalisme qui guettent : l'émotion ne lui fait pas peur. Et il a raison. Car avec ses saynètes douces amères et son rythme nonchalant, Anche libero va bene dresse le portrait sensible d'un adulte sur le point d'éclore, doublé d'une chronique familiale en demi-teinte. Le réalisateur dépeint moments heureux et micro-drames dans un mïême élan, posant sa caméra à la hauteur de son jeune héros. Comme lui, on prend de plein fouet l'injustice du père, sa rage contenue, sa douleur.
Tommy absorbe en vrac les émotions des autres et tente ensuite, tant bien que mal, de s'en accommoder. Ainsi, s'il est peureux, c'est avant tout qu'il est lucide : il refuse par exemple de se réjouir du retour d'une mère dont il sait qu'elle va repartir. Même chose pour son avarice supposée : conscient des soucis financiers de son père, il se méfie. Paradoxalement plus mûr que sa soeur aînée (insouciante et positive), il ne se laisse jamais totalement aller à un bonheur qu'il prévoit éphémère. Puisque personne ne le fait à sa place, Tommy se protège d'un monde dont il a déjà reconnu la dureté.
Le film, qui n'est pas exempt d'une certaine cruauté, refuse tout angélisme familial, toute vision édulcorée des verts paradis enfantins et prouve qu'à onze ans, la douleur peut vous terrasser aussi sûrement qu'à trente. Le père du héros, tout emmuré dans sa propre détresse, est incapable de voir cela. Ce personnage tour à tour autoritaire et aimant, brutal et maternel, nage dans la même confusion que son fils sans songer à lui tendre la main. Qu'on est seul, parfois, dans les creux de l'existence. Mais Kim Rossi Stuart, menant sa barque avec finesse et intelligence, n'accuse personne, ne dénonce rien. Il se pose en conteur, en observateur privilégié, qui entoure chacun de ses personnages d'un voile de bienveillance et de complicité. Rien n'est jamais parfait dans la vie, dit-il, alors "le poste de libero fera aussi bien l'affaire", anche libero va bene, du moment que Tommy peut jouer au foot.
MpM

 

 
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